Zeruya Shalev – Ce qui reste de nos vies

Zeruya Shalev

En plein automne, nous ne pourrions choisir un meilleur compagnon pour les soirées de lecture que le dernier livre de Zeruya Shalev « Ce qui reste de nos vies », publié chez Gallimard. Le vieillissement, l’oubli, les occasions manquées, les blessures qu’on porte en nous depuis l’enfance, la maternité… sont les thèmes principaux de ce roman. A déguster avec une bonne tisane.

Je ne vais pas vous le cacher, il faut s’accrocher un peu au début. Et c’est dommage que je n’ai pas pu prévenir celui qui a emprunté le livre à la bibliothèque avant moi. Vu l’état des pages, je le soupçonne de s’être arrêté à la page 48 ! C’est vrai : 432 pages, pas de pages allégées pour reprendre le souffle, de longues phrases… Oui, nous sommes presque essoufflés à la fin de certains paragraphes tant le flot de pensées est parfois soutenu, mais une fois rentré dans l’histoire, il est difficile d’interrompre la lecture.

Nous sommes invités à suivre le destin de Hemda, qui a grandi dans un kibboutz et dont la vie a été marquée par une relation difficile avec son père mais aussi par le cours des événements mondiaux. Entre une mère toujours absente et un père ambitieux, jamais satisfait et dur envers lui-même mais aussi et surtout envers sa fille, personne ne comprenait le côté rêveur de la petite fille qui avait beaucoup d’imagination et aimait bien inventer des histoires. Écrasée par l’éducation sévère et par la vie rude dans le kibboutz, elle a pourtant aimé ses parents, chacun à sa façon.

Hemda est désormais à la fin de sa vie et pour ses enfants, Dina et Avner, c’est le moment de faire un bilan, douloureux, de leurs vies.

Dina, professeure d’une bonne quarantaine d’années, se rend brutalement compte que sa relation autrefois fusionnelle avec sa fille, devenue adolescente, change. Celle qui représentait tout à ses yeux est devenue une sorte d’étrangère ou d’ennemie. Dina s’accroche donc à la seule chose dans laquelle elle voit du sens : devenir encore une fois mère, retrouver la complicité avec un enfant et se sentir utile avant tout. De son côté, son frère Avner, avocat et père de deux enfants, cherche à vivre l’amour vrai ou à vivre tout simplement. Toujours défaitiste, angoissé, maladroit mais sensible, il vivra une expérience forte pendant une de ses visites à l’hôpital qui va peut-être le pousser enfin à prendre sa vie en main.

Au fil des pages se développe rapidement une relation quasi personnelle entre Dina, Avner et le lecteur. L’écriture les rend très attachants, crédibles, vivants. Il y a des passages très touchants dans ce livre (par exemple celui où Avner essaie de trouver le chemin vers son fils aîné), de belles réflexions sur la vieillesse. On peut également bien ressentir l’ambiance de Jérusalem, avec ses zones occupées, le service militaire obligatoire, la peur et le danger de mort à tout moment (les attentats dans des cafés par exemple) – ce qui m’a fait penser à un autre auteur, David Grossman, et son extraordinaire livre « Une femme fuyant l’annonce ».

Le roman de Zeruya Shalev ne constitue pas une lecture facile, tant les thèmes sont graves, mais c’est une lecture puissante, intime, avec laquelle nous nous identifions forcément, en tant qu’enfants, parents ou amis. Il me reste à conclure sur le roman « Ce qui reste de nos vies » avec une recommandation très personnelle:

X dépêchez vous de l’acheter chez votre libraire

allez l’emprunter dans votre bibliothèque

lisez plutôt autre chose

Réf.: Ce qui reste de nos vies de Zeruya Shalev, traduit par Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2014, 415 p.

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