Milan Kundera – La Plaisanterie

 

La Plaisanterie

Premier roman de Milan Kundera publié avant le printemps de Prague, La Plaisanterie (Folio, 1975) nous emporte dans la Tchécoslovaquie communiste d’après-guerre et nous fait partager le destin de Ludvik Jahn, un étudiant praguois banni de l’université qui revient près de 20 ans après les faits sur les lieux de son enfance. Brillant, cynique, désenchanté…

Si l’univers de Milan Kundera reste pour moi relativement inaccessible, La Plaisanterie est une exception notoire et fait partie des livres que je relis avec un plaisir renouvelé. Découpé en 7 parties, le livre donne successivement la parole à plusieurs protagonistes de l’histoire, avec en fil rouge le personnage central de Ludvik.

Dès les premières pages, le décor est planté : Ludvik se retrouve dans sa ville natale, une ville de Moravie (à l’est de l’actuelle République Tchèque) décrite de façon peu engageante, pour y exécuter « une tâche cynique », une vengeance visant celui qui a été responsable de son exclusion du parti communiste en 1948. A cette époque, Ludvik était encore étudiant en médecine, acquis à la cause du communisme ; il décida d’envoyer à l’étudiante qu’il convoitait, Marketa, par dépit ou par simple plaisanterie, une carte portant le texte suivant : « L’optimisme est l’opium du genre humain ! L’esprit sain pue la connerie. Vive Trotski ! ». Cela lui vaut d’être exclus du Parti Communiste, puis condamné à plusieurs années de travaux forcés. De cet itinéraire partagé par d’autres citoyens tchécoslovaques pendant le stalinisme, il est question dans les parties dédiées à Ludvik. Néanmoins, la parole est également donnée à d’anciens amis de Ludvik qui jugent ce dernier et plus généralement parlent de leur propre vie, de leur vécu : Jaroslav, qui a consacré sa vie à faire vivre les traditions de sa région et qui essaie de passer le flambeau à son fils, est très touchant ; Helena, qui interprète sa relation naissante avec Ludvik d’une façon pour le moins différente de ce dernier… Enfin, l’intrigue est haletante puisque l’on se demande sous quelle forme Ludvik va réaliser sa vengeance… J’ai lu ce livre pour la première fois à une époque où je découvrais l’histoire tchèque et notamment les décennies d’après-guerre ; j’interprétais dès lors La Plaisanterie comme une critique du régime communiste, ce qu’il est n’est que partiellement (Kundera affirme d’ailleurs que ce n’est pas l’objet premier de cet ouvrage). La richesse des thèmes abordés est universelle. L’enthousiasme de la jeunesse, l’ambition personnelle, le don de soi, la transmission côtoient des thèmes comme l’impossibilité de l’amour, la vengeance, l’oubli, l’absurdité de la vie… Nos « héros » apparaissent dans toute leur fragilité à un moment de leur vie où un premier bilan peut s’esquisser. Laissons la parole à Ludvik parlant de Jaroslav : « L’idée m’envahit qu’un destin souvent s’achève bien avant la mort, que le moment de la fin ne coïncide pas avec celui de la mort, et que le destin de Jaroslav était arrivé à son terme ». Lors de ma seconde lecture, quelques années plus tard et à un âge voisin de celui des protagonistes, toute la force du roman et de sa thématique « non communiste » m’apparut au grand jour et me fit apprécier encore plus La Plaisanterie. Pour clore mon propos, si vous avez aimé également ce livre, je vous conseille le film réalisé en 1968 par Jaromil Jires, La Plaisanterie, avec comme acteur principal Josef Somr, formidable dans le rôle de Ludvik. Vous ne serez donc pas surpris de découvrir mon évaluation ci-dessous :

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