Carnets tchèques – épisode 1

Jindra Ticha

Dans cette série à suivre, nous aimerions vous présenter des auteurs tchèques méconnus en France (car peu ou pas encore traduits), mais qui ont connu un vrai succès en République Tchèque.

Voici l’épisode 1 avec Jindra Tichá dans le rôle principal…

 

Docteur en philosophie, Jindra Tichá (née en 1937 à Prague) enseigna en Tchécoslovaquie à l’université de 1961 à 1969, date à laquelle elle dut émigrer d’abord vers l’Angleterre, puis la Nouvelle Zélande où elle réside encore à ce jour. Auteure d’une dizaine de romans, publiés seulement après la chute du communisme dans son pays d’origine, un de ses thèmes de prédilection est le destin des émigrants.

C’est d’ailleurs le sujet de son roman à forte imprégnation autobiographique „Jaro klamných iluzí“ que l’on pourrait traduire par „Le printemps des illusions trompeuses“, nous relatant la vie d’une trentenaire vivant à Prague et travaillant comme professeure à l’Université. Mariée, mère d’un petit garçon, et entourée par des amis de longue date, la narratrice va vivre une période clé de sa vie : une relation extraconjugale qui va la faire hésiter longuement avant de divorcer, une implication dans le mouvement de rénovation politique « malgré elle » qui conduira à son exclusion de l’université pour finir avec une émigration vers l’Angleterre puis vers la Nouvelle Zélande. En arrière-plan les évènements de l’année 68, de la destitution de Novotny jusqu’à celle de Dubcek (l’initiateur du printemps de Prague).

J’ai profondément apprécié ce livre « sans concession ». Il permet d’une part de très bien saisir l’esprit de l’époque, la narratrice n’étant à plusieurs reprises pas tendre avec Dubcek : elle l’accuse de naïveté, d’avoir conduit le pays vers le chaos car il n’a jamais su ouvrir les yeux sur la situation réelle et la menace soviétique (préparée selon elle dès le mois de mai 1968). Le contexte pesant du début de la « normalisation » (une reprise en mains par des non réformateurs au lendemain de l’écrasement du printemps de Prague) est aussi bien restitué, lorsque l’on voit les différentes personnalités du groupe d’amis prendre des voies différentes (d’une opposition constante à un pragmatisme avec le régime). Les aberrations et les dérives du système communiste sont bien rendues : on y apprend comment fonctionnent concrètement l’économie planifiée (avec des budgets pour chaque poste, les clous, les tuiles, etc. qui font que la construction est toujours bloquée par l’élément manquant), les manifestations du 1er mai (où l’on notait ceux qui n’y participaient pas) ou encore les commissions pour l’avortement, devant lesquelles devait passer chaque femme en demande (ci-dessous un extrait en tchèque pour les tchécophones !) :

Když si žena zažádala o potrat, musela předstoupit před potratovou komisi, která se skládala z několika členů, ale jen jeden z nich byl lékař

Contrairement à certains films ou témoignages de cette époque, on ressent de même très bien les difficultés de la vie quotidienne (les citoyens des pays du bloc communiste étaient pauvres et ne pouvaient se permettre bien sûr ce que s’offraient leurs vis-à-vis de l’Ouest).

Sans concession, la narratrice l’est également sur ses propres errements, relations, lâchetés. Un style très franc est employé. L’émigration était pour certains une nécessité, mais le prix à payer était fort, puisque rien n’attendait les candidats dans le pays d’accueil. On peut juste s’étonner du fait que la narratrice adhéra au parti communiste jusqu’en 1968 et qu’elle a ainsi contribué à édifier «l’ordre nouveau »… Quoi qu’il en soit, un vrai plaisir de lecture que ce roman de seulement 170 pages !

Réf.: Jaro klamných iluzí de Jindra Tichá, Akropolis, 2008, 170 p.

A bientôt pour le nouvel épisode des « Carnets tchèques »…

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