Svetlana Alexievitch – La fin de l’homme rouge

Svetlana_Alexievitch

Dans son dernier livre, La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement (Actes Sud), Svetlana Alexievitch, journaliste biélorusse, part à la rencontre des citoyens de l’ex Empire soviétique des années 90 à aujourd’hui et nous livre une peinture très vivante de la transition post-communiste. Un livre majeur dans la lignée de ses précédents ouvrages…

 

Lors de la commémoration des 25 ans de l’accident nucléaire de Tchernobyl, je mis la main sur le livre La supplication de Svetlana Alexiévitch pour lequel l’auteure a interrogé pendant 3 ans des personnes dont le destin s’est trouvé lié à Tchernobyl, qu’ils soient paysans, scientifiques, liquidateurs, gradés…, et nous montrait l’impact de la catastrophe sur leur vie. Cette méthode, Svetlana Alexievitch la reprend pour écrire La fin de l’homme rouge. Armée d’un magnétophone et d’un bloc-notes, elle obtient, en posant des questions sur la vie quotidienne des personnes interrogées, un témoignage historique de premier plan. Voilà d’ailleurs ce qu’en dit l’auteur elle-même :

 … saisir le moment que je guette toujours dans les conversations, publiques ou privées, celui où la vie, la vie toute simple, se transforme en littérature

L’une des réussites de ce livre est de livrer une grande variété de récits : d’anciens communistes qui ne renieront jamais leur « foi », des rescapés des camps ou des familles ayant été sévèrement touchées par le système communiste, mais aussi des jeunes qui n’ont pas connu cette époque. Qui plus est, Svetlana Alexievitch ne juge pas, elle nous livre la vérité des femmes et des hommes interrogés.

Aux espoirs suscités par la Pérestroïka a succédé une désillusion : nostalgie d’une aventure collective et de l’appartenance à un grand pays pour certains, impossibilité de s’adapter au capitalisme russe naissant pour d’autres, et pour beaucoup le sentiment d’inutilité de tous les sacrifices concédés par plusieurs générations. Laissons la parole aux intéressés :

Ce n’est pas sur la liberté qu’on s’est précipités, mais sur les jeans. Sur les supermarchés. On s’est laissé avoir par des emballages bariolés…

Depuis la fin de l’empire, mon père s’ennuie, il n’a plus de raison de vivre. De façon générale, ils sont déçus. Ceux de sa génération… Ils ont un double sentiment de défaite : l’idéal communiste a subi un échec total, et ce qui s’est passé après, ils ne le comprennent pas, ils ne l’acceptent pas.

Et puis la violence… Celle du système économique, celle des bandes organisées, et enfin celle des nationalismes qui ressurgissent dès les années 90 : contre les Russes en Abkhazie, entre les Azerbaïdjanais et les Arméniens, contre les Tadjiks réfugiés dans les sous-sols de la capitale russe… Les anciens amis qui se retournent contre vous car de nationalité différente. La seconde partie du livre, qui se focalise sur les années 2000, en montre quelques exemples saisissants.

A la fin de livre prévaut un doute sur la capacité du peuple, notamment russe, de vivre en démocratie. Le pays est passé du communisme à une société capitaliste sauvage, puis de nouveau autoritaire. Les  leçons du passé ont-elles été tirées ? Rien n’est moins sûr… La révolte matée en Biélorussie, le retour de méthodes dures en attestent.

La fin de l’homme rouge ? Bien plus qu’un recueil de témoignages, un véritable appel à la vigilance dans la défense d’un modèle démocratique et des libertés fondamentales. Comme pour La supplication, je vous en conseille donc vivement la lecture.

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Réf.: La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement de Svetlana Alexievitch, traduit par Sophie Benech, Actes Sud, 2013, 542 p.

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