Thomas Mann – Les Buddenbrook

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Allemagne du Nord, XIXème siècle. Les Buddenbrook sont une célèbre famille de négociants en grain de la ville hanséatique de Lübeck. Quand s’ouvre le roman en 1835, ils emménagent dans leur nouvelle demeure, sise dans la « Mengstrasse », qui deviendra leur maison de famille. Si le sous-titre du livre, « Le déclin d’une famille », ne laisse  guère d’ambiguité sur l’issue de celui-ci, le roman de Thomas Mann est l’occasion  de découvrir et d’accompagner cette famille bourgeoise pendant 40 ans. Classique de la littérature allemande, il a été la raison majeure de l’attribution du prix Nobel de Littérature à Thomas Mann. A découvrir sans tarder !

Johann Buddenbrook, le patriarche, un libre-penseur, s’est enrichi en étant le fournisseur en céréales des armées prussiennes. Son fils, consul, également prénommé Johann, a repris le négoce familial ; marié à Elisabeth Kröger, il est le père de 4 enfants : Thomas, Christian, Antonie et Clara. C’est principalement autour de ces derniers que tournera le récit.

L’un des intérêts du roman réside dans la richesse des thèmes traités : le premier d’entre eux est la découverte de ce milieu bourgeois de Lübeck. Quelques familles dominent le commerce local de cette ville qui fait partie des villes hanséatiques (reliées commercialement entre elles depuis le Moyen-Âge), elles exercent également le pouvoir politique local mais sont animées d’une réelle concurrence entre elles. A l’occasion du mariage d’Antonie, certaines tairont l’endettement du futur fiancé car son mariage avec une Buddenbrook leur assure le remboursement de leurs emprunts. L’époque est aux changements, et l’on perçoit que des familles émergent tandis que d’autres perdent leur influence, le tout sur un contexte politique présent en filigrane (libéralisation économique, montée de la classe ouvrière, évènements politiques au Schleswig-Holstein, révolte de 1848). La mentalité du devoir est également omniprésente dans ces milieux, comme l’atteste cette lettre du consul à sa fille Tony, lorsque celle-ci refuse le prétendant qu’il a choisi pour elle :

Nous ne sommes pas nés, ma chère fille, pour réaliser ce que notre courte vue considère comme notre petit bonheur personnel car nous ne sommes pas des individus libres, indépendants, dotés d’une existence propre ; nous sommes pour ainsi dire les anneaux d’une chaîne et, comme tels, nous ne saurions être imaginés sans la série de ceux qui nous ont précédés et nous ont frayé le chemin en suivant eux-mêmes avec rigueur et sans détourner leur regard du but, une tradition éprouvée et vénérable.

L’influence de la religion est encore très réelle, même si elle décline. Sont présents également tous les thèmes de la condition humaine : la cupidité, les relations de famille difficiles (en l’occurrence Christian et Thomas), la jalousie… L’hérédité est également au premier plan : la force physique et mentale des Buddenbrook s’amenuise au fur et à mesure des générations ; l’arrière-petit-fils Hanno, sensible et d’une santé précaire, composant la touche finale. A la lecture du livre, j’ai souvent pensé au cycle des Rougon-Macquart d’Emile Zola, appliqué à la classe bourgeoise : le thème de l’hérédité y est traité de la même façon, avec un sentiment de pessimisme qui accompagne la dernière partie du  roman et que l’on côtoie également chez Zola dans La joie de vivre (influence du philosophe Schopenhauer sur les écrivains de cette génération).

A la richesse des sujets traités s’ajoute également la richesse de l’écriture, comme l’atteste la description de l’épouse du consul :

Elle était, comme tous les Kröger, d’une élégance suprême ; non pas qu’elle fût une beauté, mais elle inspirait à tous, par sa voix limpide et calme, par la sérénité, la sûreté, la douceur de ces mouvements, un sentiment de clarté et de confiance. Sa chevelure rousse, qu’elle tressait en couronne au sommet de sa tête et frisait en larges boucles au-dessus des oreilles, s’harmonisait avec un teint d’une blancheur extraordinaire, parsemé çà et là de fines taches de rousseur. (etc)

De plus, pour agrémenter les presque 800 pages du roman, Thomas Mann sait utiliser l’humour et l’ironie. Comment ne pas citer le docteur Grabow, médecin de famille, qui, pour chaque maladie, prescrit avec le même sérieux une aile de pigeon et un échaudé (qui est en fait un gâteau très léger poché à l’eau bouillante) ? Ou encore cette petite description :

Elle marchait péniblement, car elle était enceinte, comme de coutume.

Ecrit à 26 ans par Thomas Mann, d’inspiration auto-biographique, Les Buddenbrook eurent beaucoup de succès dès leur sortie. Symbole de décadence pour certains, le livre fut brûlé par les nazis qui estimaient qu’une  » famille allemande, une famille de la race élue ne peut jamais déchoir « . Je vous invite donc dès aujourd’hui :

X A l’acheter chez votre libraire

X ou à aller l’emprunter dans votre bibliothèque

de lire plutôt autre chose

Réf : Les Buddenbrook, de Thomas Mann, traduit de l’allemand par Geneviève Bianquis. Editions Biblio Livre de Poche, 764 p.

 

 

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