Elsa Triolet – Roses à crédit

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Que pourrait recommander un libraire à quiconque est à la recherche d’une histoire forte et d’un témoignage sur la vie des gens au cours du XXème siècle en France ? Que pourrait-il bien sortir de ses étagères…? Il réfléchit, se frotte se barbe, préoccupé, puis finalement nous propose Elsa Triolet et son livre Roses à crédit. Certes, on est un peu dubitatif à cause de la couverture ; on veut être rassuré (malgré la notoriété de l’auteure) sur le fait que le livre n’est pas une histoire « à l’eau de rose ». Et puis on repart, en couvant le sac et son butin, plein de contentement. A la maison, on se met à la lecture et c’est le coup de cœur. Tout simplement.

Dès les premières pages et sans nous prévenir, l’auteure nous jette dans la crasse et la misère de la cabane où vit Marie Peigner avec ses 6 enfants et… des rats…

C’est l’aîné des garçons qui eut le privilège d’assommer le rat. Après lui, tous les autres tapèrent dessus pour le plaisir. Martine apparut, juste comme Marie, sa mère, tenant le rat crevé par la queue, ouvrait la porte pour le jeter au-dehors. Elle balançait le rat à bout de bras pour mieux le lancer, et Martine eut juste le temps de faire un bond de côté pour ne pas recevoir le rat en pleine figure.

Nous sommes après la guerre, quelque part en Seine-et-Oise. Marie est une très belle femme qui ne résiste pas aux hommes ; il y en a beaucoup qui viennent chez elle pour s’amuser, tandis que les enfants doivent attendre dehors.

Assez rapidement, l’histoire se concentre sur l’une des filles – Martine. Au moment où l’on fait sa rencontre, c’est une adolescente d’une beauté exceptionnelle qui souhaite s’échapper de la maison. Marquée par la vie, son plus grand désir est d’atteindre un état où tout serait impeccable (le mot clé pour elle) – que ce soit son physique, sa relation, l’aménagement de son futur logement… Dans sa tête, elle prévoit le tout jusqu’au moindre détail, elle « bâtit des châteaux en Espagne », mais comme elle est très superficielle, ce sont les apparences qui l’intéressent (la robe de mariée, la forme de son canapé, les services de cuisine…), se laissant inspirer par les belles images des magazines.

Très jeune, elle tombe désespérément amoureuse de Daniel Donnelle – ce fils de rosiériste est son élu et Martine ne fait pas de compromis, ne se détourne pas du chemin déjà bien tracé dans sa tête : c’est Daniel ou personne. Auparavant, elle est accueillie par la mère de sa meilleure amie et les suit à Paris. Là commence alors sa nouvelle vie. Pendant un moment, tout va à merveille, mais la vie de Martine est comme une montagne russe : elle monte, elle monte et puis vient la terrible descente… au grand étonnement de Martine qui s’est concentrée sur l’acquisition de biens avec une telle détermination qu’elle n’a pas senti qu’elle se trouvait au bord du gouffre et que sa vie risquait de basculer…

S’attache-t-on à Martine durant la lecture ? Eprouve-t-on de la pitié ? Pas toujours, tant elle est superficielle, sans intérêt (nos sympathies se dirigent plutôt vers Daniel). Le métier de rosiériste lui échappe, elle n’aime pas l’art (elle préfère les toiles propres, sans peinture), elle ne lit pas… :

Les histoires des autres m’embêtent, dit-elle tranquillement, j’ai déjà assez de mal avec la mienne.

Mais à un moment donné, on se remémore ses racines, son enfance pendant la IIème Guerre Mondiale, leur cabane sale et notre regard sur elle finit par s’attendrir quand même. Elle ne voulait qu’un peu de confort après tout comme beaucoup d’autres avec elle ; elle rêvait.

Il ne faut pas non plus oublier que ce roman présente un tableau intéressant de la France des années 50. On apprend des détails sur la vie des gens (à la campagne, mais également à Paris), l’aménagement des appartements, les styles de robes, le fonctionnement d’achat à crédit, mais aussi sur le métier de rosiériste.

Pour compléter, j’ajoute que Roses à crédit fait partie d’une trilogie intitulée L’âge de nylon. Selon mon libraire, on risquerait être déçu par les deux livres suivants. Toujours est-il que le premier pourrait vous séduire autant que moi, donc je vous conseille

X de l’acheter chez votre libraire ou bouquiniste

aller l’emprunter dans votre bibliothèque

lire plutôt autre chose

De plus, s’agissant d’une histoire qui est toujours d’actualité, je pense que ce roman (malgré sa noirceur, ou peut-être même grâce à elle) constituerait un très bon cadeau – d’où notre label Livre à offrir. N’hésitez donc pas à l’offrir.

Réf : Roses à crédit d’Elsa Triolet. Gallimard, édition Folio. 1972, 320 p.

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