Ugo Bardi – Le grand pillage. Comment nous épuisons les ressources de la planète

Bardi

Décembre 2015 : la réduction des émissions de gaz à effet de serre est au coeur de la COP 21 et fait l’objet à juste titre d’âpres négociations. Moins médiatisé, mais tout aussi préoccupant figure le thème de la déplétion des minéraux. En effet, en tant que sources d’énergie, éléments d’infrastructure et de fabrication d’objets, et de plus en plus  de produits de haute technologie, ces minéraux sont indispensables à l’homme. Leur surexploitation et leur épuisement sont le thème de l’ouvrage rédigé par Ugo Bardi pour le Club de Rome, Le grand pillage, paru aux éditions Les petits matins en partenariat avec l’Institut Veblen. Un ouvrage clé dans la lignée de celui paru il y a quelques décennies sur les limites de la croissance…

Ugo Bardi est spécialiste de chimie physique à l’université de Florence en Italie.

Il consacre la première partie de son ouvrage à l’histoire de ces minéraux : de leur origine géologique en passant par le début de l’exploitation, jusqu’aux liens dans le passé entre leur exploitation et la guerre. L’occasion de voir ou revoir l’histoire de la Terre de façon très vivante ; j’y ai appris par exemple que c’est la chaleur du centre de la Terre qui, en engendrant des phénomènes géologiques, maintenait celle-ci en vie (le CO2 émis par les volcans est nécessaire pour garantir l’effet de serre dit « naturel »).

Si l’homme a commencé à exploiter le minerai de fer et les silex vers 40.000 av. JC en creusant dans la roche calcaire à l’aide de bois de cerf, le véritable essor dans l’exploitation des minéraux date de la Révolution Industrielle : c’est l’avènement du charbon, puis du pétrole. Il est intéressant de signaler que le pétrole brut a commencé modestement son épopée : utilisé dans les lampes, la découverte de nouvelles applications (transports, caoutchouc synthétique, routes en bitume…) le propulsera comme source principale d’énergie ; sa déplétion est d’ailleurs aujourd’hui nettement engagée. Bardi traite aussi des gaz de schistes, de l’uranium et fait intervenir un nombre important de contributeurs dans son ouvrage pour parler des principaux minéraux, de leur utilisation, de leur stock (on y apprend par exemple que 2/3 des réserves d’or, 3/4 des réserves d’argent ont déjà été utilisées ou encore que les réserves de zinc ne se montent qu’à 20 ans de production).

Dans la seconde partie, Bardi liste les problèmes à affronter. Selon lui, les limites de l’extraction minière ne sont pas quantitatives mais énergétiques. En effet, au fur et à mesure que l’on exploite les minerais, les gisements restants ont des teneurs de plus en plus faibles dans les éléments concernés, ce qui nécessite de plus en plus d’énergie : ainsi, 10% de l’énergie consommée aujourd’hui sert déjà à l’extraction.

De plus, l’extraction minière s’accompagne de pollution et contribue au changement climatique. Aux Etats Unis, par exemple, 500 sommets de montagnes ont été détruits, 2.000 cours d’eau bouchés ou pollués, tout cela pour du charbon… Bardi cite aussi le cas des métaux lourds (en particulier celui du mercure qui se répand dans l’écosystème et dont la 1/2 vie est de 3.000 ans)… Sans parler des gaz à effet de serre produits lors de la combustion du charbon. Prenons un dernier exemple, celui du cuivre :

Nous produisons actuellement une quinzaine de millions de tonnes de cuivre par an à partir de minéraux dont la teneur en cuivre avoisine 0,5%. En d’autres termes, la masse totale de roches extraites et traitées tourne autour de 3 milliards de tonnes par an – c’est plus que la masse totale de béton produite chaque année dans le monde. Pour visualiser cette quantité, imaginez que l’on vous demande de gérer vous-même les déchets miniers du cuivre qui se trouve dans votre nouvelle voiture. Une voiture contient en moyenne 50 kilos de cuivre, principalement sous la forme de câbles. En revenant de chez votre concessionnaire automobile, vous seriez suivi par un camion qui procéderait au déchargement d’environ 1 tonne de roches devant votre porte.

Vous me direz : le tableau est bien sombre. C’est indéniable ; et si vous lisez le livre, vous sentirez également que l’enjeu n’est rien d’autre que la survie de l’espèce humaine. On sent également que la croissance verte si vantée pourrait se heurter très rapidement à l’absence de métaux rares pour fabriquer les éoliennes… Mais pour reprendre une citation que j’affectionne particulièrement, issue d’un livre qui sera bientôt l’objet d’un post (Hammerstein ou l’intransigeance de Hans Magnus Enzensberger), « la peur n’est pas une vision du monde » ! Le dernier chapitre du livre s’ouvre à cet égard sur les solutions possibles à envisager : la substitution des minerais rares par des minerais communs (avec certaines limites techniques néanmoins), le recyclage et la réutilisation (mais qui ne sera possible que si l’on réinvente le système industriel mondial), l’efficacité énergétique, et le développement de l’énergie solaire.

La lecture de ce livre peut faire peur, mais il faut le voir comme un éclairage sur l’état actuel des choses. La prise de conscience est la première étape vers l’action ; il faut ensuite, selon les mots de l’auteur accompagner le changement plutôt que tout faire pour que les choses restent telles qu’elles sont. Par conséquent :

X Achetez-le ou empruntez-le, offrez-le et conseillez-le : c’est un livre à lire absolument

lisez plutôt autre chose

Réf : Le grand pillage – comment nous épuisons les ressources de la planète. Les petits matins (co-édition avec l’institut Veblen).2015. 320 p.

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