Frédéric Surville – Hippolyte ou les orages de l’histoire

Hippolyte

Si jusqu’à ce jour, les écrits sur le climat et l’histoire sont restés plus ou moins cantonnés à une littérature spécialisée (je pense en premier lieu à Emmanuel Le Roy Ladurie et son Histoire humaine et comparée du climat), ce thème est traité de façon romanesque par Frédéric Surville dans son livre paru aux Editions du Cherche-Midi, Hippolyte ou les orages de l’histoire. A travers les yeux du jeune Hippolyte, qui s’initie à la météorologie, nous revisitons les années 1783 – 1789, les crises de subsistance qui s’y déroulèrent et contribuèrent à l’éclosion de la Révolution Française. Une façon originale de relater l’influence du climat sur une des périodes clés de l’Histoire de France.

L’histoire débute à La Rochelle où nous faisons connaissance avec les protagonistes, en premier lieu le jeune Hippolyte et le couple protestant Lambertz qui a la tutelle du jeune homme après le décès de sa mère. Lambertz, par ailleurs négociant en céréales et eaux de vie, s’intéresse à la météorologie et emmène avec lui Hippolyte à une réunion consacrée à cette matière. Très rapidement, c’est l’occasion pour le lecteur de percevoir les conséquences d’un évènement métérologique majeur, l’éruption du volcan islandais Laki, qui recouvre l’Europe ; ce sujet est le premier abordé par la société des météorologistes en 1783 :

En revanche, et c’est le négociant qui parle, les plantes n’apprécient guère ce brouillard, reprit Lambertz. En France, les rendements agricoles baisseront, mais ils resteront corrects. Ce ne devrait pas être le cas en Angleterre. Mon ami Lawson m’a chargé de préparer un chargement de grains qu’il convoiera vers son pays. Notre roi devrait permettre l’exportation de ces denrées pour y empêcher la disette.

Du climat et des répercussions sur les récoltes dans la société d’Ancien Régime avant la Révolution, il en est bien sûr question dans tout le livre ; mais l’intérêt réside aussi dans le fait que les pénuries se retrouvent au milieu du jeu des puissants, en premier lieu des Anglais. L’Angleterre ne pardonnait en effet pas à la France son soutien à l’insurrection des colonies anglaises d’Amérique (conduisant à l’indépendance de celles-ci) et refusa par exemple de vendre en 1785 du fourrage à une France touchée par la sécheresse. Cette même Angleterre dépêche des agents du renseignement en France : l’un d’entre eux, Nathanael Parker-Forth (ayant bel et bien existé), s’efforcera de soudoyer des informations à Hippolyte (alors en mission à Paris pour la société royale de médecine) sur les aléas climatiques et leur conséquences sur le marché des grains. En achetant du blé très cher en France, il souhaitait provoquer une situation de pénurie pour déstabiliser le pays.

L’un des autres intérêts majeurs du livre est de bien décrire l’atmosphère avant la Révolution ; la France, comme l’Angleterre d’ailleurs, était sortie exangue financièrement de la guerre d’indépendance des Etats-Unis et avait peine à se réformer. Là encore, le climat joua un rôle pour complexifier la situation. Il provoque une révolte frumentaire en 1775 (« guerre des farines ») et surtout il prépare une situation explosive avant la Révolution : un orage qui ravage une grande partie des récoltes en France le 13.07.1788 (le titre « Hyppolite ou les orages de l’histoire » y fait sans nul doute allusion) suivi d’un hiver très rigoureux tendent la situation au printemps 1789. C’est dans cette France échauffée qu’éclate une Révolution à laquelle Frédéric Surville consacre la fin du livre ; là encore, on vit « simplement » les grands évènements que sont la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges, le retour du Roi aux Tuileries mais aussi les accès de colère d’une foule qui n’hésite pas à décapiter un boulanger…

J’aimerais vous parler encore du rôle du duc d’Orléans et de nombreuses anecdotes historiques mais au vu de la longueur de cette chronique, mon ambition devra se réduire ! In fine, que penser de ce livre? Il est très bien documenté, et l’on apprend beaucoup sur cette période. Historique, ce roman l’est donc incontestablement. Par contre, je reste un peu sur ma faim concernant le roman en lui-même ; les personnages auraient gagné à être un peu plus « creusés » et je dois vous avouer que j’ai été assez déstabilisé dans les 70 premières pages par toutes les étapes traversées par Hyppolite.

Malgré cela, eu égard à l’intérêt du roman, à sa précision, et au message qu’il colporte sur le climat (à une période où l’on parle beaucoup du réchauffement climatique et de ses conséquences), je vous conseille de :

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lisant plutôt autre chose

Réf : Hippolyte ou les orages de l’histoire – le rôle du climat à la veille de la Révolution française, de Frédéric Surville (écrit en collaboration avec André Gailing, ancien maire de Coulommiers et agrégé d’histoire, et Ariel Marinie, écrivain, journaliste et traductrice). Cherche-midi. 2015, 380 p.

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6 réflexions sur “Frédéric Surville – Hippolyte ou les orages de l’histoire

    • Monsieur Surville n’écrit que des ouvrages collectifs. Voici la fiche des éditions du cherche-midi sur lui : LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE THRILLER AUTEURS
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      Frédéric SURVILLE
      Frédéric Surville, médecin à La Rochelle, habite la demeure d’un négociant en grains et eaux-de-vie de la maison Martell, Jacob Lambertz, dont il a publié en 2010 le journal météorologique avec Emmanuel Garnier, spécialiste de l’histoire du climat. Hippolyte ou Les Orages de l’histoire, écrit en collaboration avec André Gailing, ancien maire de Coulommiers et agrégé d’histoire, et Ariel Marinie, écrivain, journaliste et traductrice, est son premier roman.

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    • Monsieur Surville n’écrit que des ouvrages collectifs. Voici la fiche des éditions du Cherche-Midi à son propos : LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE THRILLER AUTEURS
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      Frédéric SURVILLE
      Frédéric Surville, médecin à La Rochelle, habite la demeure d’un négociant en grains et eaux-de-vie de la maison Martell, Jacob Lambertz, dont il a publié en 2010 le journal météorologique avec Emmanuel Garnier, spécialiste de l’histoire du climat. Hippolyte ou Les Orages de l’histoire, écrit en collaboration avec André Gailing, ancien maire de Coulommiers et agrégé d’histoire, et Ariel Marinie, écrivain, journaliste et traductrice, est son premier roman.

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    • Je me suis permis de mettre à jour les références en bas de la chronique en signalant comme vous le faites la collaboration d’André Gailing et d’Ariel Marinie

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