Youozas Baltouchis – La saga de Youza

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Si vous êtes à la recherche d’un livre et d’un auteur pas forcément très connus dans l’hexagone, et surtout d’un très bon moment de lecture, cette chronique est faite pour vous ! Je vous propose un petit voyage en Lituanie à travers le roman écrit par Youozas Baltouchis, La saga de Youza

C’est ainsi… Puisque la jolie Vintsiouné se refuse à lui et préfère épouser Stonkous, Youza décide, le lendemain des noces, de demander sa part d’héritage à son frère, et de s’exiler dans les marais de Kaïrabalé, où aucune âme ne vit. Ainsi s’exprime Youza avec son frère Adomas :

Les gens, je n’en ai pas besoin, et je n’ai pas besoin de recevoir quoi que ce soit des gens.

On suit son installation dans ce paysage rude, accompagné en cela par l’omniprésence de la nature, si bien rendue par la qualité de la traduction. C’est d’ailleurs mon premier coup de coeur en lisant ce livre. Je vous en livre ici un extrait :

D’une lisière du champ à l’autre, le seigle était en fleur. Une floraison telle que des épis montait une brouée poudreuse, que de cette opulence gorgée de grains en promesse s’élevait une fumée bleutée se perdant dans l’azur du ciel, là-haut sous le soleil. Youza sentit la tête lui tourner, une vapeur d’ivresse le prit lorsqu’il s’engagea sur l’étroit sentier traversant le champ de seigle. Il tendit le bras, sans mot dire caressa de sa main les épis. Le creux de sa paume s’emplit instantanément d’un nectar un peu trouble, si glutineux et fleurant si fort une douceur âcre que la joie lui coula le long des reins en un léger frisson. Youza tendit sa paume vers Adomas, derrière lui. Adomas sourit, s’arrêta. Côté à côté, les deux frères restèrent là, immobiles, dans ce champ de seigle fumant sous le soleil. Inondés de chaleur, un peu moites d’une bonne et heureuse sueur. Immobiles, se regardant en silence, souriants.

Alors que Youza est le personnage central de cette intrigue, le marais du Kaïrabalé y joue un rôle de premier plan. Coupant son unique habitant du monde, il le protège aussi des soubresauts de l’histoire, qui deviennent progressivement perceptibles. Durant une bonne partie du roman, aucun repère chronologique ne vient agrémenter le récit puis petit à petit, on commence à identifier la période précédant la Seconde Guerre Mondiale : le pouvoir lituanien s’efface devant les communistes, remplacés très vite par l’occupant allemand. Youza apprend les évènements presque avec naïveté et ne se doute pas des changements à l’oeuvre près de chez lui. Brusquement, sa maison devient un refuge. Par simple humanité, il recueille les persécutés sans attendre quoi que ce soit en retour, lui, le taciturne dont la réponse la plus commune quand ses interlocuteurs commencent à s’épancher est « Des mots, des mots… » ou « Tu causes, tu causes… ».

N’allez pas croire que Youza est un saint : je vous laisse découvrir sa façon de traiter la jeune Karoussé, ou encore de refuser d’aider financièrement son frère. Mais c’est un homme, tout simplement, qui ne se posera pas de questions une fois devant cette épreuve. Son personnage, mais également ceux qui l’entourent, sont bien mis en valeur par l’auteur,  et ils resteront le matériau principal du roman, une fois la grande Histoire en marche. C’est un autre point qui m’a beaucoup plu.

Enfin, la richesse des thèmes abordés est réelle : l’impossibilité de l’amour, la difficulté de reconstruire sa vie sans lui, la puissance de la nature, les conditions de vie de l’époque (on suit d’ailleurs pas à pas l’installation de Youza dans le marais), le sujet de la transmission (quand Youza se souvient de ce que lui apprenait son grand-père Yokoubas), et bien sûr le contexte historique et ses répercussions sur la vie des habitants. Un vrai moment de plaisir.

Pour être complet, La saga de Youza, publiée initialement en 1979, reçut le prix de Meilleur livre étranger en 1991. Après avoir lu mon billet, vous ne serez sans doute pas surpris par ma recommandation :

X Achetez-le chez votre libraire et offrez-le sans hésiter à vos proches

X ou allez l’emprunter dans votre bibliothèque

lisez plutôt autre chose

Réf : La saga de Youza de Youozas Baltouchis, traduit du russe et du lituanien par Denise Yuccoz-Neugnot. Pocket, 1993. 381 p

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7 réflexions sur “Youozas Baltouchis – La saga de Youza

  1. J’avoue ne pas connaître grand chose à la littérature balte, sinon quelques auteurs allemands, du temps de la domination prussienne (Keyserling, etc). Mais j’ai l’impression que Baltouchis est une référence incontournable. L’extrait que tu cites est convaincant. J’aime beaucoup les romans où la nature occupe une place importante. Je note sur ma déjà très longue liste de livres à lire.

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    • Merci pour le commentaire. Il a sa place sur une liste de livres à lire, même si elle est déjà longue ! A te lire, je suis certain que ce livre te plaira. J’avais lu deux nouvelles de Keyserling l’an dernier, qui m’avaient également séduit. Au passage, je te conseille aussi le livre de Jean-Paul Kauffmann, Courlande, qui se situe dans cette province de la Lettonie et qui m’a donné envie à l’époque de découvrir davantage les pays baltes.

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    • Je me réjouis à l’avance de lire votre billet sur ce livre. Nous en parlions avec mon épouse qui me disait par exemple qu’elle aurait choisi un autre extrait que celui sur le seigle dans la chronique. J’aime lire des billets sur le même lire écrits par des personnes aux sensibilités et approches différentes, donc à très bientôt sur votre blog !

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