Roger Martin – Il est des morts qu’il faut qu’on tue

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Je vous propose aujourd’hui une plongée dans la France des années 1870 à 1934, à travers un roman ambitieux Il est des morts qu’il faut qu’on tue, de Roger Martin, paru aux Editions du Cherche-Midi.

Pour commencer, une explication s’impose concernant le titre : « Il est des morts qu’il faut qu’on tue » est une citation du poète Fernand Desnoyers visant le défunt Casimir Delavigne, poète et dramaturge. Le ton est donné puisque la complexité et la richesse du titre se retrouvent dans tout l’ouvrage.

On suit donc dans ce roman l’histoire de Romain Delorme, tout d’abord dans les tranchées de Verdun en 1915 ; blessé, il y retrouve Séverine, la secrétaire de Jules Vallès, qui évoque avec le soldat des épisodes du passé comme le transfert des cendres de Zola au Panthéon en 1908. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur le héros principal du livre et son enfance. Dans la seconde partie, qui se déroule durant les « célèbres » journées de février 1934, le climat antisémite de ces années saute à la gorge de Romain Delorme et lui sert de prétexte pour relater la dernière décennie du 19ème siècle, une époque où il était infiltré chez les nationalistes ; une période très violente où régna un antisémitisme irriguant de nombreuses couches de la population.

Delorme y décrit les abattoirs de la Villette, infiltre le Petit Journal, rencontre les leaders de ces mouvements (comme Morès ou Edouard Drumont, l’auteur de La France Juive). Tout est prétexte à viser les Juifs : on suit un épisode où Morès et son équipe envoient des bêtes impropres à la consommation à Verdun pour y accuser les Juifs de faire du commerce illicite, ou encore on assiste au mariage de la fille Rotschild, « accueillie » par des boules puantes et du vitriol. Après un intermède à Marseille, Romain Delorme revient à Paris pour infiltrer l’Anti-Juif de Jules Guérin, lequel lui confie d’ailleurs :

Pas de pitié, Delorme ! Si nous voyons en eux des hommes, nous sommes foutus. A la fin, ce sera eux ou nous, il n’y a pas d’autre issue. Avoir pitié des youpins, c’est trahir les chrétiens, notre race, Delorme, notre race ! Nous allons vers une guerre civile. Sois-en sûr, ces assassins du Christ, ces séides du Veau d’Or.

Derrière tous ces évènements historiques se cachent une histoire personnelle, celle de Delorme, et une intrigue qui s’achève sur la mort (naturelle ?) d’Emile Zola, que je vous laisse découvrir.

C’est un roman riche, touffu, qui vous transportera dans des épisodes aussi divers que La Commune, la 1ère Guerre Mondiale, l’histoire des ligues, la mise en place de la République dans des conditions difficiles. L’omniprésence de l’antisémitisme dans la société française est très bien rendue.

Un bémol néanmoins : mon enthousiasme de lecture a été pénalisé par des situations où le nombre important de personnages conduit à la confusion. De même, tout le récit autour de l’épisode de Fort Chabrol vers la fin du roman est un peu long. C’est donc un livre qui peut rebuter les personnes n’ayant pas de notions historiques sur cette période.

Voici ma recommandation :

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Réf : Il est des morts qu’il faut qu’on tue, de Roger Martin. Editions du Cherche Midi. 2016, 544 p.

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