Hannah Kent – A la grâce des hommes

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Dans son premier roman A la grâce des hommes, l’auteure australienne Hannah Kent nous emmène sur les traces d’Agnes Magnúsdóttir qui fut condamnée à mort et a été la dernière à être exécutée en Islande (en 1829). Un livre à ne pas manquer !

L’histoire est basée sur un fait réel bien connu en Islande. Celui-ci a inspiré plusieurs œuvres, chacune présentant Agnes d’une façon différente, parfois même comme une sorcière. Hannah Kent a décidé de privilégier le côté humain ; elle a fait preuve de beaucoup d’empathie et a essayé d’explorer son enfance. En fait, Agnes fut une enfant illégitime qui, délaissée par sa mère à l’âge de 6 ans, passe d’une ferme à l’autre, où elle travaille comme servante dans les conditions les plus diverses.

Ma mère a-t-elle regardé mon visage de nourrisson en pensant : « Un jour, je te quitterai » ? A-t-elle scruté ma peau fripée en souhaitant que la mort m’emporte ? Ou m’a-t-elle incitée à m’accrocher à la vie comme une tique sur un chien ? Elle a peut-être tourné son regard vers la vallée noyée de pluie et de silence en se demandant ce qu’elle avait à m’offrir. Un mensonge pour père. Un râtelier à foin en guise de berceau. Un casque de cheveux sombres. Un baiser. Un caillou pour parler aux oiseaux et ne pas être seule.

Ce petit caillou était le seul souvenir de sa maman. On le lui a enlevé au moment où elle a été incarcérée car soupçonnée de l’assassinat de son amant. Après avoir été jugée coupable, elle est déplacée dans une ferme éloignée où elle doit se préparer à l’exécution.

A l’issue du procès, le pasteur de Tjörn m’a dit que je brûlerais en enfer si je ne priais pas pour le pardon de mon âme – après avoir longuement considéré mes fautes, bien sûr. Comme si prier suffisait à effacer les péchés ! Toutes les femmes savent qu’un fil, une fois tricoté, reste à sa place. Le seul moyen de réparer un point de travers est de défaire l’ouvrage.

La famille qui doit obligatoirement l’héberger est horrifiée à l’idée de devoir dormir à côté d’une meurtrière. Un révérend – Tóti  est attribué à Agnes pour l’accompagner dans la prière et la guider dans ses derniers jours.

Tóti aimerait que je lui parle de ma famille, mais le peu que je lui ai raconté n’a pas eu l’heur de lui plaire. Il n’est pas accoutumé aux arbres généalogiques qui poussent dans la vallée : noueux, aux branches enchevêtrées, hérissées d’épines.

Grâce à ces entretiens avec le révérend Tóti, on découvre tout le parcours d’Agnes, ainsi que les détails du meurtre. C’est l’occasion de prendre conscience de la condition des femmes et des enfants au début du XIXème siècle en Islande, mais aussi de la vie et du travail des fermiers à l’époque. Le livre est très bien documenté, on apprend beaucoup de détails intéressants (par ex. sur les habitations). Les vraies lettres d’époque contribuent à rendre l’image encore plus nette – par exemple celle où le commissaire de police demande des renseignements à la cour danoise concernant le remboursement des frais pour la fabrication d’une hache pour l’exécution… Par leur froideur et leurs calculs, les lettres contrastent incroyablement avec les passages où Agnes raconte son enfance.

L’auteure explique sa démarche dans une note à la fin du livre, cela permet ainsi de se faire une image de ce qui est vrai ou de ce qui relève de l’imagination. Au début du livre, on trouve même une note sur la prononciation de l’islandais ! (accompagnée d’une carte de l’île)

Si vous êtes adeptes d’histoires fortes, n’hésitez-pas !

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Réf.: A la grâce des hommes de Hannah Kent, traduit par Karine Reignier-Guerre. Presses de la Cité, 2014, 395 p.

 

 

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7 réflexions sur “Hannah Kent – A la grâce des hommes

    • Une histoire triste, certes, mais curieusement je n’ai pas été très abattue ou secouée quand j’ai refermé le livre. Je pense qu’au fur et à mesure de la lecture, je me suis de plus en plus concentrée sur la description de la vie de l’époque (très intéressante) que sur l’histoire personnelle d’Agnès.

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