Carnets tchèques – épisode 4

Reinerova

Nous reprenons aujourd’hui notre série « les carnets tchèques » dont l’objectif est de faire découvrir des auteurs tchèques peu ou pas traduits en français. Après trois auteurs dont les ouvrages sont restés cantonnés à la scène nationale, notre invitée du jour, comme vous le constatez sur la photo, a été traduite en français… depuis l’allemand. Car Lenka Reinerová est une écrivaine tchèque de langue allemande, une particularité offerte par l’Europe Centrale. Je vous en dis plus tout de suite…

Franz Kafka, Egon Erwin Kisch, Max Brod, Rainer Maria Rilke… Tous ces auteurs ont un point commun avec Lenka Reinerová : ce sont des écrivains tchèques de langue allemande. Pour comprendre cela, rappelons tout d’abord que les Pays Tchèques étaient historiquement rattachés au Saint Empire Romain Germanique puis à l’Empire habsbourgeois. Quand elle devint un pays indépendant en 1918, la nouvelle Tchécoslovaquie était certes peuplée de Tchèques et de Slovaques, mais aussi d’Allemands (pour environ 30% de sa population). La coexistence des cultures tchèques, allemandes, mais aussi juives, en premier lieu à Prague, est donc une chose ancienne.

C’est dans ce cadre qu’un courant littéraire de langue allemande se développe, principalement après la 1ère guerre mondiale. Lenka Reinerová, née en 1916, en était la dernière représentante. Décédée récemment (en 2008), elle lègue une dizaine d’ouvrages, qui sont principalement autobiographiques. Promenade au lac des cygnes (qui est aussi le titre de la première nouvelle, la plus émouvante) regroupe à cet égard 3 récits. Lors d’un voyage à Ravensbruck, elle y évoque le difficile souvenir de sa soeur et de sa mère qui y périrent comme 92.000 femmes… puis son périple subi dans « Chez moi à Prague et parfois aussi ailleurs », qui la mena de Prague à Paris, puis Marseille, Casablanca, le Mexique, le Canada, la Yougoslavie et de nouveau la Bohême. Son amour pour la ville d’or transparaît à chaque page :

« A Prague, on peut rêver les yeux ouverts. »

 » En différents endroits du globe je peux me sentir bien, et j’en ai fait l’expérience maintes fois. Mais chez moi, je peux être tranquille sur ce point, vraiment chez moi, je ne le suis qu’à Prague. »

Une ville qui ne serait pas ce qu’elle est sans ses cafés, où se retrouvaient les groupes d’écrivains et journalistes durant l’entre deux guerres. C’est d’ailleurs le sujet de la 3ème nouvelle où Lenka Reinerová convoque le souvenir des auteurs disparus dans son « Café de rêve »…

Quelle vie que celle de Lenka Reinerová ! Juive allemande dont la famille périt sous les nazis, elle sera emprisonnée à plusieurs Reinerova 2reprises, notamment en France mais aussi dans les années 50 dans son propre pays. Si vous souhaitez en savoir plus sur elle, je vous invite donc à lire ses livres, de préférence en allemand (je dois vous avouer que la traduction a enlevé une partie de la magie des textes) ou encore vous rendre sur le site de Radio Prague (cliquer ici et ici), où vous pourrez l’entendre parler français ou allemand (l’accent des Pragois « allemands » était paraît-il très reconnaissable !) :

A très bientôt pour une nouvelle rubrique des carnets tchèques (une petite pile très variée est déjà préparée)…

Réf.: Promenade au lac des cygnes de Lenka Reinerová, traduit par Nicole Bary. L’esprit des péninsules, 2004, 207 p.

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5 réflexions sur “Carnets tchèques – épisode 4

  1. Tu donnes envie de connaître cette femme, je comprends ce qu’elle dit quand, elle dit « vraiment chez moi, je ne le suis qu’à Prague. » personnellement je ne me sens chez moi, qu’au bord de la mer ou sur l’eau. C’est plus vaste mais c’est le même sentiment de bien être.

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    • Merci pour ton commentaire. Nous essayons de faire connaître quelques écrivains tchèques dans cette rubrique ; dommage que la traduction ne rende pas pleinement l’écriture mais si tu lis l’allemand, ça vaut le coup de s’y plonger !
      Quant aux lieux, c’est formidable d’avoir un lieu où on se sent vraiment chez soi, c’est vrai !

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    • Merci beaucoup pour votre réponse, je connais également ce blog que je trouve très bien fait. Je le consulte régulièrement. Il est vrai que cela élargit les horizons et permet de découvrir des auteurs peu connus en France

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  2. Pingback: Leo Perutz – La Nuit sous le pont de pierre – Et si on bouquinait un peu ?

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