Vilhelm Moberg – La saga des émigrants

MobergDe 1850 à 1914, on estime à plus de 1 million de personnes le nombre de Suédois qui ont quitté leur pays pour rejoindre les Etats-Unis d’Amérique. Qu’ils furent à la recherche de terre pour nourrir leur famille ou en quête de liberté religieuse, leur parcours ne se fit pas sans embûche. Cet exode constitue le cadre de l’oeuvre monumentale de Vilhelm MobergLa saga des émigrants, publiée après la Seconde Guerre Mondiale, et disponible en poche aux éditions Livre de Poche. Durant 5 tomes et environ 2300 pages, nous vous invitons à suivre les pas de la famille Nilsson, originaire du Sud-Est de la Suède, qui va s’installer dans le Minnesota. La saga des émigrants est une oeuvre majeure pour les Suédois, qui l’ont élu à cet égard en 1998 meilleur roman du siècle. Alors, en route pour cette épopée !

La saga débute en 1844 lorsque le jeune Karl Oskar Nillson prend possession de sa ferme située à Ljuder, dans le Småland, une province du Sud-Est de la Suède. Le pays est alors une société essentiellement paysanne, fortement marquée par la religion luthérienne. Suite à la hausse de la population, les fermes sont progressivement découpées et ne sont plus en mesure de nourrir les familles qui les cultivent. Karl Oskar, sa femme Kristina et leurs enfants n’échappent pas à cette dure réalité ; les conditions climatiques défavorables déclenchent le souhait d’émigrer. Durant ce premier tome, Moberg décrit admirablement bien la vie de ces paysans, la dureté des conditions, de façon sobre mais explicite :

Cette année-là, seule la sueur de Karl Oskar humecta ses terres.

J’ai été également très marqué par l’influence de la religion sur la vie quotidienne. A Karl Oskar et sa famille s’ajouteront d’ailleurs d’autres personnes qualifiées d’hérétiques qui nous accompagneront également dans ce voyage. Dans le Tome 2 intitulé La Traversée, celles-ci pensaient qu’elles ne seraient pas atteintes par le mal de mer en raison de leur foi, ou encore ceci :

Heureusement, cette dernière n’avait nul besoin d’apprendre l’anglais à l’avance, puisque le Saint-Esprit descendrait sur elle et sur les disciples d’Åke Svensson, dès qu’ils débarqueraient en Amérique, et ils pourraient le parler sans aucun difficulté.

Une Amérique au demeurant idéalisée (« Dans le Nouveau Monde, un cochon vivait aussi bien qu’un noble suédois » s’exprime Arvid, un valet suédois qui fait partie de la troupe) et qui bien évidemment s’avèrera plus hostile que ne le pensaient certains une fois la traversée terminée. Je n’en dis pas plus sur celle-ci mais elle fut extrêmement difficile, marquée par la promiscuité, la maladie et même la mort… Le tome 3 (La Terre bénie) est consacré à l’implantation des migrants dans leur nouveau pays : on y découvre l’effervescence de la ville de New York qui laisse bientôt le tour à un nouveau grand voyage à travers le pays pour rejoindre le Minnesota. J’ai trouvé intéressant le fonctionnement des défrichages et l’octroi des terres aux migrants ; ceux-ci avait le droit de défricher 130 arpents (1 arpent équivaut environ à 40 ares, soit 0,40 ha), ils étaient considérés commes des « squatters » avant que la situation ne soit avalisée. Néanmoins, la précarité était de mise chez ces migrants : ils n’avaient pas assez de moyens pour acheter du pain, ni même pour affranchir une lettre et on imagine la difficulté de l’installation les premières années.

Et l’écriture, dans tout ça, me demanderez-vous ? Elle est limpide et compulsive ! Chaque tome est divisé en chapitres qui traitent d’un aspect majeur centré sur la vie des migrants. Ne vous laissez pas découragez par 5 tomes. On les dévore littéralement, en s’attachant fortement aux personnages centraux, Karl Oskar et Kristina en premier lieu. On suit leurs premiers pas dans cette nouvelle patrie, et Moberg réussit à tenir un bel équilibre entre petite et grande histoire. Dans les tomes 4 et 5, parallèlement à une vie dans la ferme marquée par l’agrandissement de la famille, le défrichage, ainsi que les mutations technologiques (arrivée de la moissonneuse et de l’électricité), des fenêtres s’ouvrent vers des évènements de l’histoire américaine. Il s’agit tout d’abord de la ruée vers l’or :

Cette route, les chercheurs d’or se la frayaient de leur mieux, par divers itinéraires improvisés n’ayant en commun que le nom de California Trail, en formant pour cela des groupes de plusieurs milliers de personnes. Il y avait plus de deux milles miles à parcourir et cela prenait quatre mois, c’est-à-dire un été entier.

Puis l’on côtoie la guerre de Sécession tout comme la révolte des Sioux : cette dernière est décrite en quelques pages de façon très marquante (cela me rappelle le très bon livre de Philip Meyer, Le Fils).

En résumé, cette très belle saga qui vous fera voyager de la Suéde aux Etats-Unis, et assister à la naissance d’une nation, est donc à…

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Je ne saurais trop conseiller également de l’emporter avec vous en déplacement (certes, peut-être pas les 5 tomes d’un coup !) ; il reçoit à cet effet le label Livre en balade

Réf : La saga des émigrants de Vilhelm Moberg, traduit du suédois par Philippe Bouquet. Paru au Livre de Poche (2003 – 2004)

Tome 1 – Au pays (288 p) / Tome 2 – La traversée (280 p) / Tome 3 – La Terre bénie (602 p) / Tome 4 – Les Pionniers du Minnesota (576 p) / Tome 5 – Au terme du voyage (608 p).

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8 réflexions sur “Vilhelm Moberg – La saga des émigrants

    • Le 1er tome était un cadeau, et les 4 autres se sont imposés d’eux-mêmes ! J’espère que le billet donnera envie de le lire à de nouveaux lecteurs.

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  1. Oui, ce billet donne très envie de se plonger dans cette saga, plus que jamais d’actualité. Cela a l’air superbe et les vacances approchant, ce peut être l’occasion de découvrir les premiers tomes.

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  2. C’est effectivement un livre magnifique. Je l’ai lu il y a plus de 10 ans, il était à la bibliothèque. En fait, je ne l’ai pas lu, je l’ai dévoré. Ensuite il m’est arrivé de souvent y penser, les thèmes soulevés sont significatifs d’une époque et en même temps résonnent en nous encore. Effectivement la pression de la religion sur les comportements en société et dans l’intimité de la famille continue aujourd’hui à poser question ; ainsi que le mythe de la conquête des territoires qui semblait légitime à l’époque ne peut se dissocier d’un remords d’une population exterminée. J’avais oublié le nom de l’auteur et maintenant qu’il est en poche je vais sans doute aller refaire un tour dans cette épopée. Merci Patrice

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