Evelyne Bloch-Dano – La fabuleuse histoire des légumes

DSC_0282

« Le légume le plus modeste ramasse en lui l’aventure du monde » : ainsi s’exprime Michel Onfray dans sa très jolie préface du livre d’Evelyne Bloch-Dano, La fabuleuse histoire des légumes, paru chez Grasset. Venez découvrir ou redécouvrir, entre autres, l’histoire du panais, de la tomate, du haricot… On peut voyager à table et dans les livres : ce dernier en constitue une preuve supplémentaire !

L’idée du livre part de Michel Onfray et de son initiative de créer une Université populaire du goût à Argentan :

C’est du constat que les paniers de légumes offerts à l’épicerie sociale ne trouvaient pas preneurs parce que les bénéficiaires ne savent, ne peuvent, ni ne veulent cuisiner ces légumes, que j’ai décidé de créer cette Université populaire du goût.

Le philosophe demande ainsi à Evelyne Bloch-Dano, biographe de Madame Zola, Madame Proust ou encore de Flora Tristan, de mettre en scène l’histoire des légumes afin de montrer « que le légume dispose d’une aura symbolique plus large que sa pure et simple valeur calorique – ou marchande ». Mais le livre ne se résume pas à l’empilement de récits dédiés à chaque légume ; il embrasse l’histoire du goût et de la symbolique du légume, qui n’a pas toujours joui comme aujourd’hui de la meilleure réputation :

Le légume n’est pas un produit noble, c’est la nature humble, ignoble, au sens propre. C’est sans doute pour cette raison que sa place dans la poésie, dans l’art (à l’exception de la nature morte) est moindre que celle des fruits, des fleurs et des arbres. (…) Les métaphores nous le confirment : on dit belle comme une rose, et bête comme un chou, un teint de lys ou une peau de pêche, mais une mine d’endive ou de navet. Il est plus valorisant d’être une gazelle qu’une asperge.

Evelyne Bloch-Dano illustre son propos en convoquant un grand nombre de disciplines, par exemple la littérature (très bel extrait de Bouvard et Pécuchet), la musique, le cinéma, etc. On y trouve même des recettes de cuisine.

Tour à tour, 9 légumes se succèdent : cardon/artichaut, topinambour, chou, panais, carotte, petit-pois, tomate, haricot, potiron, piment (à mon grand regret, manquent à l’appel la salade et surtout les pommes de terre !). Attardons-nous, si vous le voulez bien, sur quelques anectodes concernant certains d’entre eux.

Le petit-pois d’abord, omniprésent dans la cuisine, les contes, les fabliaux, a fait une percée remarquable à la Cour du Roi quand il fut présenté… en janvier 1660. Le caractère primeur exceptionnel eut un grand retentissement et notre légume en devint extrêmement populaire :

Une véritable folie s’empare de la Cour, dont Mme de Maintenon se fait l’écho : „Le chapitre des pois dure toujours, l’impatience d’en manger, le plaisir d’en avoir mangé et la joie d’en manger encore sont les trois points que nos princes traitent depuis quatre jours“ et „Il y a des dames qui, après avoir soupé avec le Roi et bien soupé, trouvent des pois chez elles pour en manger avant de se coucher au risque d’une indigestion. C’est une mode, c’est une fureur.

Cette fureur concerne aussi d’autres légumes mais revêt un caractère éphémère dans le cas du topinambour. Découvert lors des grandes explorations au Canada, très populaire, il finit par être accusé de transmettre la lèpre ! Utilisé dans l’alimentation animale, il ne revient au goût du jour que récemment comme légume oublié.

Et que dire du haricot, qui fit partie de la corbeille de mariage de Catherine de Médicis avec Henri II ? On est parfois loin du côté débonnaire de notre célèbre fayot :

Isabel Allende rappelle que „pour les Teutons et les Romains ils étaient stimulants et leur fleur symbolisait le plaisir sexuel. La soupe de haricots avait une telle réputation qu’elle fut interdite au XVIIème siècle dans le couvent des soeurs hiéronymites afin d’éviter les excitations inopportunes »…

Bases de l’alimentation, de l’imaginaire, nos légumes ont aussi parfois une valeur d’utilisation bien surprenante :

Ces courges dont la peau durcit en se desséchant servent une fois vidées à de multiples usages : récipients, ustensiles, masques, cages à oiseaux, instruments de musique ou même bouée pour les enfants dans la Rome antique, gourde pour les pélerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, mais aussi pour les buveurs de mate en Amérique du Sud, et donnant son nom au breuvage par métonymie.

Vous l’aurez compris : on ne s’ennuie donc pas avec cet ouvrage qui réussit le pari d’être court, intelligible, intelligent, et source d’inspiration. Je vous invite donc à :

X l’acheter chez votre libraire ou bouquiniste

X l’emprunter dans votre bibliothèque

lire plutôt autre chose

Et vous, quelle est votre métaphore préférée liée aux légumes ?

Réf : La fabuleuse histoire des légumes, d’Evelyne Bloch-Dano. Grasset, 2008. 192 p.

Publicités

5 réflexions sur “Evelyne Bloch-Dano – La fabuleuse histoire des légumes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s