James Dickey – Délivrance

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C’est en toute innocence que j’ai entamé la lecture du roman « Délivrance« , ignorant complètement où son auteur, James Dickey, pourrait m’emmener. Mais après quelques pas hésitants au bord de l’eau, j’ai été violemment prise par le courant de la rivière, de cette rivière que quatre amis ont décidé de descendre en canoë… La sauvagerie de la nature et de la nature humaine, la survie, nos limites…

C’est parti, dit-il, adieu sommeil des gens affables, bonjour tumulte des eaux vives.

Quatre hommes décident de quitter la ville pour un week-end dans la nature. Avec peu d’expériences, munis d’une guitare, d’arcs et de quelques flèches, ils chargent deux canoës sur leurs voitures et débarquent en direction d’une vallée qui devrait bientôt disparaître sous l’eau suite à la construction d’un barrage.

Leur périple nous est raconté par Ed Gentry, mais le meneur du groupe s’appelle Lewis Medlock – un homme charismatique qui dans toutes ses activités vise la perfection et essaie toujours d’aller au-delà de ses limites. Que ce soit avec le tir à l’arc, la musculation, etc., il veut se sentir capable d’affronter des situations extrêmes et survivre.

(…) Parfois, j’ai l’impression d’avoir vraiment hâte. La vie qu’on a est si merdique et si compliquée que ça ne me dérangerait pas qu’elle se réduise très vite à la simple survie de ceux qui sont prêts à survivre. J’ai sans doute réellement chopé la folie de la survie, le vrai grain. Et pour tout te dire, je ne pense pas qu’on soit très nombreux comme moi. La plupart des autres pourront peut-être hurler et s’arracher les cheveux, ils sont éventuellement prêts pour telle ou telle forme de violence hystérique, mais je crois qu’ils ne seraient pas trop mécontents de laisser tomber et d’en finir.

La survie est en effet le mot clé, car lors de ce week-end, rien ne se déroulera comme prévu. Une très mauvaise rencontre et les projets de ces jeunes hommes vont s’écrouler…

Pour ne rien dévoiler de l’histoire, revenons vers la nature sauvage, remarquablement décrite. La rivière avec ses rapides, les rochers, les forêts denses… Tout est décrit minutieusement, chaque jet d’eau en passant dans les rapides, chaque bout de rochers en escaladant, chaque épine de pin dans la forêt…

T’as vu le gros serpent, là-bas ?

Non. Où ça ?

Dans les branches du vieux chêne sous lequel vous êtes passés il y a environ deux kilomètres de ça. Je ne l’avais pas repéré avant que vous soyez juste dessous et qu’il redresse la tête. J’ai préféré ne pas crier, ça aurait pu le rendre nerveux. Je suis presque sûr que c’était un mocassin d’eau. Il paraît qu’il leur arrive de se jeter dans les bateaux.

(J’ai d’ailleurs caressé l’idée de voyager un jour dans des coins pareils jusqu’au moment où j’ai visualisé quelques mocassins d’eau dans google…)

Dans les descriptions de la nature réside toute la tension qui se crée petit à petit : les hommes (dépourvus de tous les outils modernes) contre la nature (et contre eux-mêmes avec les contraintes du corps). Ed n’a effectivement aucun autre choix que de vivre l’instant présent, il est donc véritablement coupé de sa vie « d’avant ». Son épouse et son fils oubliés, ses pensées et mouvements n’ont plus qu’un seul but : la survie. Il ne rumine pas, concentré qu’il est par chaque geste qui va suivre, élaborant sans cesse des plans, cherchant à ne faire qu’un avec la nature et retrouver les instincts des premiers hommes. La transformation d’Ed est remarquable : d’un jeune homme plutôt insouciant tel qu’il est décrit dans la chapitre intitulé « avant » vers un homme qui est (peut-être) capable de… Bon, pour savoir de quoi, il vous faudra patienter jusqu’à l’ouverture de votre bibliothèque ou librairie ! Sachez qu’il existe également un film, pas moins célèbre que le roman (avec Jon Voight et Burt Reynolds). Je ne l’ai pas encore vu – comme d’habitude, je préfère lire d’abord le livre pour me créer mes propres images.

Je suis néanmoins très curieuse de voir les acteurs, surtout ceux qui représentent « les locaux ». L’auteur oppose en effet deux mondes : celui de la ville et celui des forêts avec la naïveté des uns et la rudesse des autres…

C’est des gens bien, Ed. Mais ils sont terriblement claniques. Ils ont leur mode de vie. Ils font ce qu’ils veulent sans se soucier du reste. Toutes les familles que j’ai croisées là-haut ont au moins un de leurs membres en prison. Certains d’entre eux se sont fait coffrer pour fabrication illégale ou contrebande d’alcool, mais la plupart c’est pour le meurtre. Ça leur fait pas grand-chose de tuer quelqu’un, là-haut.

En conclusion,

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X ou empruntez-le dans votre bibliothèque

lisez plutôt autre chose

 

Délivrance de James Dickey

Traduit par Jacques Mailhos

Gallmeister, 2015, 320 pages

 

 

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8 réflexions sur “James Dickey – Délivrance

  1. Ah, Jame Dickey et la nature : quand il décrit les « locaux », on comprend à quel point le contact permanent avec elle crée des ravages parmi la population américaine 🙂

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    • Je pense, après avoir lu certaines remarques sur le film, que je vais le regarder plutôt après la saison de randonnées 🙂
      Merci pour le titre, je le note !

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  2. Elle est belle cette photo pour illustrer ton article : reflet de forêt poétique et menaçant 🙂
    Tu me donnes très envie de me plonger dans ces pages, qui ont l’air intenses.
    Quant au film, pour l’instant je n’ai jamais osé le regarder !

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