Elena Ferrante – Celle qui fuit et celle qui reste

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Place maintenant au troisième tome de la saga napolitaine qui raconte la vie de deux femmes, Elena et Lila. Si le nom de l’auteur – Elena Ferrante – ne vous dit rien (j’en doute), je vous invite à aller voir mes précédents billets dans lesquels je parle de la 1ère et de la 2ème partie. Pour les initié(e)s, allons voir si la suite – Celle qui fuit et celle qui reste – mérite le détour en librairie. Ne vous inquiétez pas, je ne dévoile aucun détail !

Elena Ferrante suscite tellement de curiosité que même les journalistes des tabloïds s’activent pour découvrir sa véritable identité en utilisant des méthodes douteuses (où va-t-on?). Néanmoins, la plupart des lecteurs préfèrent respecter son souhait de garder l’anonymat pourvu qu’elle continue à écrire.

C’est avec les destins de deux femmes qu’elle a su ravir autant de lecteurs. On les suit dès leurs enfance dans les années 50 à Naples, dans un quartier pauvre. Et dans ce troisième tome, on les retrouve en tant que jeunes femmes à la fin des années 60. Même si leurs trajectoires ont pris des directions très différentes, elles ne se sont pourtant jamais perdues de vue. Elena, la narratrice, s’interroge souvent sur le sort de son amie d’enfance, sur leur relation, toujours très influencée par ce qu’elles ont vécu ensemble.

Devenir. Ce verbe m’avait toujours obsédée, mais c’est en cette circonstance que je m’en rendis compte pour la première fois. Je voulais devenir, même sans savoir quoi. Et j’étais devenue, ça c’était certain, mais sans objet déterminé, sans vraie passion, sans ambition précise. J’avais voulu devenir quelque chose – voilà le fond de l’affaire – seulement parce que je craignais que Lila devienne Dieu sait quoi en me laissant sur le carreau. Pour moi, devenir, c’était devenir dans son sillage. Or, je devais recommencer à devenir mais pour moi, en tant qu’adulte, en dehors d’elle.

Pour ne rien vous dévoiler, je vais surtout m’attarder sur l’arrière-plan historique. Parce que si le livre est une histoire de femmes, il est aussi celui d’un pays ; d’un pays en mouvement à la fin des années 60 et dans les années 70. Avec les protagonistes de ce roman (et il y en a beaucoup – l’index des personnages au début du livre est vraiment judicieux !), on pénètre au cœur de tous les changements qui vont bousculer l’Italie.

Il y a toujours des affrontements entre les fascistes et les communistes, des bagarres sanglantes :

Le lien entre passé et présent ne s’était jamais vraiment dénoué et, dans notre quartier, la plupart des gens aimaient, chouchoutaient les fascistes; et dès qu’il y avait une occasion de se battre, ces derniers débarquaient armés de toute leur noirceur.

Une violence omniprésente :

Oui, pensa-t-elle, tu dois faire peur à ceux qui veulent te faire peur, il n’y a pas d’autre moyen, c’est coup pour coup, ce que tu me voles je te le reprends, et ce que tu me fais, je te le fais à mon tour.

Et la vulgarité du dialecte :

Le langage ordurier de notre milieu d’origine était utile pour agresser ou se défendre mais, précisément parce que c’était la langue de la violence, loin de faciliter les confidences intimes, il les empêchait.

On suit d’abord les efforts réalisés pour changer les conditions de travail, notamment dans les usines. On y retrouve les mouvements féministes qui s’interrogent sur la condition de femme, les débats politiques, la jeunesse qui se révolte contre l’ordre établi… J’avoue que j’ai été happée par l’histoire (plus que par la deuxième partie à laquelle j’ai reproché quelques longueurs), je l’ai littéralement dévorée. Aucune déception par conséquent et comme d’habitude, beaucoup d’impatience pour retrouver la fin de la saga (prévue pour le début 2018 !)

En conclusion,

X Achetez ce livre chez votre libraire ou bouquiniste

X ou empruntez-le dans votre bibliothèque

lisez plutôt autre chose

Celle qui fuit et celle qui reste d’Elena Ferrante, traduit par Elsa Damien. Gallimard, 2017, 480 p.

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10 réflexions sur “Elena Ferrante – Celle qui fuit et celle qui reste

  1. Je ne suis hélas pas tentée par ce genre de livres car je n’en ai pas entendu que du bien, à la radio. Et son succès mondial serait dû justement au fait que l’auteur fait tout un mystère autour de son identité. Tous les écrivains se montrent, sauf elle !

    Aimé par 1 personne

    • C’est possible que ce soit du marketing, mais je préfère croire qu’elle voulait surtout protéger sa vie privée. Peut-être l’histoire est-elle inspirée de sa propre vie ? J’avoue d’avoir été séduite par cette saga, même si en général le cirque médiatique me rebute.

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  2. J’ai beaucoup aimé ce troisième tome et ne me lasse pas de cette saga. Histoire de femmes ? Beaucoup plus que cela comme tu le précises bien. D’ailleurs mon mari s’impatiente quand je le lis. Il veut prendre la suite. Quand c’est son tour je me surprend à lui dire : tu as de la chance…

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    • Oui, quand quelqu’un entame un livre qu’on a aimé, on ne peut que l’envier d’avoir cette belle expérience devant lui ! J’aurais dû passer les trois tomes à mon mari aussi 🙂

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