Ramon Sender – Requiem pour un paysan espagnol

Sender.JPGEspagne, années 30. Sur fond de guerre civile, Ramón Sender nous fait revivre un épisode dans la vie d’un petit village de la province d’Aragon. Le curé, Mosén Millán, attend dans son église l’assistance en vue d’une messe de requiem, et se remémore la vie du défunt. Requiem pour un paysan espagnol est un récit court mais extrêmement fort que je vous invite à découvrir aujourd’hui sur le blog.

Né en 1901, Ramón Sender fut un journaliste engagé qui perdit pendant la guerre civile espagnole son épouse, fusillée, et son frère, qui venait d’être élu maire de Huesca, en Aragon. Emigré aux Etats-Unis, il consacra la seconde moitié de sa vie à l’écriture, et traita souvent du thème de la guerre civile.

Dans « Requiem pour un paysan espagnol », le curé, Mosén Millán, attend l’assistance avant de célébrer la messe de requiem dédiée à Paco du Moulin, fusillé un an auparavant à l’âge de 26 ans. Il se souvient de Paco, à travers son baptême, son enfance, son mariage, son rôle dans la lutte pour l’abrogation des privilèges seigneuriaux suite à la proclamation de la République, jusqu’à sa mort.

Petit à petit s’ouvre au lecteur la vie du village, marquée par la pratique religieuse, abondamment décrite, mais aussi par les superstitions, avec en arrière-plan l’évolution politique. L’un des grands mérites de l’ouvrage est d’ailleurs de nous faire sentir les soubresauts de l’Histoire en restant cantonné au village. On y devine la République…

Paco et sa femme revinrent trois semaines après la noce et les élections eurent lieu le dimanche suivant. Les nouveaux conseillers étaient jeunes et, sauf l’un d’entre eux, d’après don Valeriano, de basse extraction. (…) Paco, le Paco du Moulin, se sentit heureux et, pour la première fois, il trouva que la politique valait quelque chose.

… mais aussi le retour des Phalangistes :

Un groupe de jeunes gens arriva au village, des fils de bonne famille, avec des bâtons et des pistolets. Ils avaient l’air de pas grand-chose, et certains poussaient des cris hystériques. Jamais on n’avait vu de gens aussi impudents. Normalement, ces garçons rasés de près et élégants comme des femmes, on les appelait petites bites de riches, mais la première chose qu’ils firent fut de passer une formidable raclée au cordonnier, sans que sa neutralité lui serve à quoi que ce soit. Puis ils abattirent six paysans, dont quatre de ceux qui vivaient dans les grottes, et ils laissèrent leurs corps dans les fossés de la route qui menait du village au carasol.

Pourquoi les habitants ne viennent-ils pas à la messe, alors que tout le monde aimait et respectait Paco ? Pourquoi les seuls personnages présents dans l’Eglise sont-ils des riches qui proposent de payer la messe ? Dans un style simple, épuré, Ramon Sender nous amène à comprendre ce qui s’est passé. Il nous interpelle également par l’universalité des caractères humains ; on y croise des gens attachés à l’ordre, d’autres à la réforme, la faiblesse de certains, le courage des autres.

Un grand roman de quelques dizaines de pages qui vous laissera indubitablement une trace après la lecture. Je vous conseille de :

X l’acheter ce livre chez votre libraire ou bouquiniste

X l’emprunter dans votre bibliothèque

lire plutôt autre chose

Requiem pour un paysan espagnol, de Ramón Sender, traduit de l’espagnol par Jean-Paul Cortada. Actes Sud, Babel. 1990. 111 pages.

NB : il semble que cette version soit épuisée. Vous pouvez trouver ce livre désormais aux Editions Le Nouvel Attila

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6 réflexions sur “Ramon Sender – Requiem pour un paysan espagnol

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