Metin Arditi – Le Turquetto

Arditi

C’est en poussant la porte de la librairie française d’Amsterdam, Le temps retrouvé, que j’ai découvert ce titre. Avec Le Turquetto, l’écrivain suisse d’origine turque, Metin Arditi, nous emmène à la découverte d’un célèbre peintre de la Renaissance vénitienne, depuis son enfance à Constantinople jusqu’à l’apogée à Venise.

1539, Constantinople. Le jeune Elie est le fils d’un vendeur d’esclaves, Sami Soriano. Comme un grand nombre de juifs, ses parents ont dû fuir l’Espagne en raison de l’Inquisition qui s’y déroulait.

Très vite, Elie se découvre une passion pour le dessin :

Il travaillait à la plume, au pinceau, ou à la mine d’argent, utilisait mille couleurs, donnait des effets d’ombre ou de clair-obscur, en un mot, il dessinait selon son bon vouloir. Il était, enfin, maître de sa vie.

A la mort de son père, il s’exile à Venise. Dans la seconde partie du livre, en 1574, on le retrouve dans sa nouvelle ville pour le baptême de sa fille. Le temps a passé pour celui qui s’appelle désormais Elias Troyanos ; il pratique la religion chrétienne afin d’exercer librement sa passion. Elève du Titien, il devient un peintre reconnu ; ces tableaux, qu’ils soient profanes ou bibliques, provoquent une vague d’émotion chez ceux qui les regardaient. Surnommé Le Turquetto, « le petit turc » par Le Titien lui-même, il reste toutefois un être énigmatique, vivant de façon dissimulée même avec ses proches.

C’est alors qu’il reçoit la commande d’une confrérie pour peindre La Cène. Son dévoilement devant une assistance médusée (« Les racines du christianisme étaient là tout entières peintes comme jamais personne ne les avait jamais peintes ») va néanmoins entraîner Le Turquetto devant les tribunaux de la ville.

L’intérêt de l’ouvrage réside dans l’intrigue originale. Partant du tableau L’homme au gant attribué à Titien, Arditi invente l’existence d’un peintre, Le Turquetto, ayant en réalité peint ce portrait, tout comme quantité d’autres oeuvres. Il nous immerge dans une Venise où l’on se demande ce que sont devenues les racines du christianisme et où les confréries se font concurrence entre elles, à l’image de celle du commanditaire de La Cène, Cuneo :

Tout se déroulait à merveille. La Venise riche allait nourrir ses pauvres. Elle le ferait aux yeux de tous, et lui, Cuneo, en retirerait une gloire immense. Par l’astuce de son grand maître et le talent de son peintre favori, Sant’Antonio était sur le point d’accéder à un statut nouveau : celui de Scuola Grandissima.

De nombreux thèmes sont abordés dans Le Turquetto comme celui de la filiation, du rapport de l’art à la religion, des calculs politiques, de la coexistence des religions entre elles, de la solitude des individus… C’est une peinture très vivante de la période qui en ressort.

Scindé en petits chapitres, dans un style très accessible, le livre se lit très bien. Il m’a juste manqué un peu d’empathie envers les personnages (en premier lieu envers Le Turquetto lui-même). Certains personnages de l’histoire de Venise auraient gagné à être davantage creusés.

En conclusion, une bonne lecture même si vous êtes, comme moi, peu connaisseurs en matière de peinture ! Par conséquent :

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Le Turquetto de Metin Arditi. Actes Sud, collection Babbel, 2013, 288 pages.

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13 réflexions sur “Metin Arditi – Le Turquetto

  1. Metin Arditi est un écrivain que je lis régulièrement et Le Turquetto reste un excellent souvenir de lecture, sans bémol aucun.
    bon séjour à Amsterdam Patrice !

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    • Je vois que tu es plus avancée que moi dans la découverte de Metin Arditi (c’était pour moi le premier titre de l’auteur). Le séjour aux Pays-Bas devrait durer quelque temps, mais on en dira plus dans un futur article 🙂

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  2. Super merci pour cet avis! Étant en train de lire « l’enfant qui mesurait le monde », le personnage d’Elias de turquetto semble ressembler au mien, Elliot;) cela ne doit pas être un hasard 😉

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    • Oh, mais oui, bien sûr, quelle manque de vivacité de ma part ! Je passerai le bonjour avec plaisir (ce sera fait vendredi car le reste de la famille est en République Tchèque). Merci et bonne soirée !

      Aimé par 1 personne

  3. J’ai acheté le roman il y a quelque temps, car la période historique dont il est question est fascinante, mais sans avoir jamais osé l’entamer. Ton billet est convaincant, je vais me lancer !

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  4. Ce que tu dis de l’histoire me fait penser à Hérétiques de Leonardo Padura. Une partie du roman se déroule à Amsterdam (!) où on suit un jeune Juif devenu l’apprenti de Rembrandt.

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