Zygmunt Miloszewski – Les impliqués

Cela faisait un moment que je voulais faire la connaissance de Teodore Szacki – c’est désormais chose faite ! Zygmunt Miloszewski nous a servi d’intermédiaire à travers son roman Les impliqués. Comment se sont déroulées les soirées que j’ai passées en compagnie de ce jeune procureur polonais ? Est-ce que cela m’a donné envie de fixer d’autres rendez-vous avec lui ?

Je ne vais pas tourner autour du pot et j’avoue tout de suite que je compte bien poursuivre les aventures de Teodore Szacki (prononcez chatski) ! Lors de mes vacances, j’ai même regretté de ne pas avoir acheté les deux tomes suivants – j’aurais bien aimé lire les trois enquêtes d’une traite.

Dans le premier tome, on retrouve monsieur Szacki à Varsovie en 2005. Un certain docteur Rudzki y organise des thérapies de groupe dans un monastère. Le dernier rendez-vous sera fatal pour l’un de ses patients, monsieur Telak – quelqu’un lui a enfoncé une broche à rôtir dans l’œil. On confie l’enquête à monsieur Szacki – il doit alors interroger des patients et d’autres personnes de l’entourage de la victime, avec l’aide du policier Oleg Kuzniecov. Tout d’abord, il convient de comprendre en quoi consiste la thérapie, intitulée « les constellations familiales »…

On apprend de ce fait beaucoup de choses sur cette méthode thérapeutique, mais aussi sur la vie à Varsovie ou encore sur le travail des procureurs. Ça fait partie de mes passages préférés, car j’apprécie les polars qui vont au-delà d’un crime et témoignent de l’ambiance dans un pays, du côté social, historique ou politique… comme par exemple les enquêtes de Wallander.

Un œuf dur baigné de sauce tartare, agrémenté d’une généreuse louche de petits pois – il n’y avait pas un seul juriste dans tout Varsovie qui n’avait un jour goûté à ces mets, une véritable recette culte du menu de la cantine du tribunal correctionnel de la capitale. (…) Dans ce lieu magique, au pied des hautes marches qui menaient au buffet, un seul coup d’œil permettait de découvrir un échantillon d’une précision microscopique de l’artère principale du système judiciaire polonais. Les juges se tenaient seuls, principalement sur la galerie, s’apprêtant à savourer un déjeuner copieux ; les avocats prenaient le café en bandes, décontractés, les jambes croisées, se saluaient avec chaleur et désinvolture, comme s’ils ne faisaient que passer au club en coup de vent pour fumer en cigare et boire un whisky. A leurs côtés, les témoins du milieu – des balaises penchés sur leur portion de viande et des femmes maigrichonnes, avec leur maquillage du soir en train de siroter de l’eau gazeuse – se sentaient aussi à l’aise que partout ailleurs. Plus bas, les familles des victimes, grises et tristes, se débrouillaient toujours pour dénicher la table la plus minable et, une fois installées, observaient tout ce beau monde avec méfiance. Enfin, les procureurs engloutissaient leur repas à l’écart et n’importe comment, à la va-vite, pour être débarrassés de cette corvée, conscients pourtant qu’ils ne finiraient rien dans les délais, que peu importait ce qu’ils feraient, ce ne serait jamais assez, qu’il en resterait toujours un peu pour le lendemain, dans une journée déjà planifiée de sa première à sa toute dernière minute ; des procureurs furieux à l’annonce de chaque pause ordonnée par la cour, trop courte pour faire quoi que ce soit mais trop longue pour qu’on pût la supporter.

Ici, ce sont les démons du passé communiste qui vont ressurgir (ce n’est peut-être pas le bon mot, car comment pourrait ressurgir quelque-chose qui n’a jamais véritablement disparu ?). Le portrait d’un pays qui fait froid dans le dos, qui pose de nombreuses questions quant à l’évolution après la tombée du rideau de fer et qui met en garde contre la relativisation du passé. Personnellement, j’ai été bien sûr souvent renvoyée à l’histoire de mon propre pays.

Le deuxième point fort de ce livre est sans nul doute le personnage de Szacki qu’on retrouve en plein crise existentielle. J’ai beaucoup aimé ses remarques sarcastiques, son humour, ses observations du monde alentour. Et bien sûr je suis curieuse de voir comment vont évoluer ses relations avec les femmes !

Il s’assît en face de sa femme, déposa devant elle l’œuf en sauce et le café. Elle était magnifique : un tailleur bordeaux, du maquillage, un chemisier, un décolleté. Lorsqu’il la retrouverait le soir, elle porterait un T-shirt informe, des pantoufles Ikea et le masque pesant de la fatigue de la journée.

Passons aux points faibles : tout d’abord, je ne suis pas d’accord avec la couverture du livre qui nous annonce un thriller. Si l’image d’une broche à rôtir vous a fait frémir, sachez que c’est l’un des rares moments sanglants du roman (sans compter le passage obligé dans la salle d’autopsie !). Il s’agit d’un polar dans lequel, à mon avis, l’intrigue sert de prétexte pour dresser un portrait de la Pologne contemporaine. Cela nous conduit vers le deuxième point faible : j’ai trouvé malheureusement le dénouement tiré par les cheveux…

Malgré le précédent paragraphe, je vous en conseille néanmoins la lecture, car c’est un vrai rafraîchissement après la vague de polars scandinaves et j’ai été vraiment ravie de changer de cadre. Enfin c’est un polar intelligent, sans cruauté gratuite, qui pose de bonnes questions sur la société d’aujourd’hui.

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Les impliqués de Zygmunt Miloszewski. Pocket, 2015, 480 pages.

 

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10 réflexions sur “Zygmunt Miloszewski – Les impliqués

    • Oui, il a été recommandé un peu partout. J’ai vraiment bien aimé et si le deuxième tome est encore meilleur (comme le confirme Dominique plus haut), il ne faut pas hésiter.

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