John Steinbeck – Voyage avec Charley

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Au début des années 60, deux ans avant de recevoir le Prix Nobel de Littérature, John Steinbeck, alors âgé de 58 ans, entreprend avec son chien Charley (un caniche né en France !) un périple d’environ 10.000 miles à travers les Etats-Unis afin d’y prendre le pouls du pays après 25 ans de non-immersion. Le résultat ? C’est le roman Voyage avec Charley qui est aujourd’hui à découvrir sur le blog!

Ce voyage tenait à coeur à John Steinbeck. Sans l’avouer vraiment au lecteur, il sentait ses forces décliner et voulait absolument se lancer à la redécouverte de son pays. Il commanda spécialement un camping-car qu’il dénomma Rossinante (en allusion au cheval de Don Quichotte) et se lança donc dans cette aventure durant environ 11 semaines, se rendant à partir de New York sur la côte Ouest en passant par les Etats du Nord, avant de revenir par le sud.

J’ai eu plaisir à retrouver les talents de conteur de Steinbeck. Il a le don d’observer et de retranscrire sur le papier certaines situations avec beaucoup d’acuité. Je pense notamment à son passage à Chicago, où il prend la chambre non nettoyée d’un client, et arrive à nous faire imaginer exactement la vie de ce dernier. Succulent ! Cette capacité d’observation, il nous la livre également sur son pays, bien évidemment. 15 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, alors que les débats de la présidentielle opposent Nixon et Kennedy, les Etats-Unis sont rentrés de plein pied dans la modernité, et se sont beaucoup transformés. L’urbanisation progresse, des formes nouvelles d’habitats (les maisons mobiles) apparaissent. Un style de vie que Steinbeck juge assez sévèrement, avec des propos finalement en avance sur son temps :

Les villes d’Amérique sont comme un terrier de blaireau cerné de détritus : elles sont entourées de piles d’automobiles accidentées, mangées par la rouille ; les ordures les enserrent, les étouffent. Presque tout ce que nous consommons nous arrive sous forme de caisses, de boîtes, de cartons, tous ces emballages que, paraît-il, nous aimons tant. Les montagnes de choses que nous jetons sont beaucoup plus hautes que celles des objets dont nous nous servons. (…) Je me demande pourquoi le progrès ressemble tellement à la destruction.

Nous avons écouté la radio dans tout le pays. Et, à part quelques matchs de football, la nourriture intellectuelle est aussi uniformisée, empaquetée, impersonnelle que l’autre.

Si un certain pessimisme prévaut, il n’en est pas moins conscient des énormes progrès atteints par son pays, épaté qu’une véritable personnalité américaine se soit forgée en 2 siècles.

Qui dit voyage, dit rencontre. Elles sont très différentes et ont pour cadre un bar où le père enrage que son fils veuille devenir coiffeur, un garage où un réparateur se démène pour lui trouver des pneus. Ou encore un cabinet de vétérinaire car le pauvre Charley souffrait le martyre. On pourra toutefois déplorer que les récits de rencontre se font moins nombreux en avançant. Par contre, c’est à travers un des derniers épisodes, dans le sud, que j’ai véritablement frémi. Le racisme y est omniprésent, des manifestations sont organisées pour conspuer des enfants noirs se rendant à l’école. Jugez-en plutôt :

Eh bien, mon vieux ! J’ai cru que vous aviez un nègre là-dedans. Mais c’est un chien ! J’ai vu sa grande gueule noire et j’ai cru que c’était une gueule de nègre.

La fin du séjour se déroule rapidement et l’on sent Steinbeck pressé de rentrer chez lui. Je vous fais part pour terminer des belles réflexions de l’auteur sur le voyage :

Chacun a son tempérament, son individualité, son originalité. Un voyage est un individu. Il n’en est pas deux semblables. Et tous les plans, toutes les garanties, tous les projets et tous les engagements prévus sont vains. Après des années de bataille, on finit par comprendre que nous n’entreprenons jamais un voyage : c’est lui qui nous entreprend. (…) Qui n’a pas constaté qu’un voyage était terminé et mort avant le retour du voyageur ? L’inverse est tout aussi vrai : il en est qui durent bien après que tout mouvement dans le temps et l’espace a cessé.

S’il n’est pas mon livre préféré de Steinbeck (je préfère par exemple Les raisins de la colère), je reconnais que c’est une très agréable lecture, qui vous laisse en mémoire des images de ce pays hors-normes. Je vous conseille donc de :

X l’acheter chez votre libraire

X l’emprunter dans votre bibliothèque

lire autre chose

Voyage avec Charley de John Steinbeck. Babel Actes Sud, 1999, 337 pages.

 

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7 réflexions sur “John Steinbeck – Voyage avec Charley

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