Jules Verne – Paris au XXe siècle

Verne

Relire les grands auteurs classiques, cela vous tente ? C’est ce que nous vous proposons à partir de ce début 2018, à raison d’un livre par mois, dans le cadre du Défi Lectures Classiques 2018 (organisé par Lilly and the books, et repris par de nombreux blogueurs comme The Unamed Bookshelf). Place donc aujourd’hui à Jules Verne pour un titre qui n’est pas le plus connu, Paris au XXe siècle, mettant en scène le jeune Michel dans la capitale en 1960. Comment Jules Verne imaginait-il Paris 100 ans plus tard ?

Curieux destin que celui de cet ouvrage. C’est en fait un « roman de jeunesse » de Jules Verne, écrit vers 1863, mais refusé à l’époque par son célèbre éditeur Hetzel. Il ne sera retrouvé récemment que par un passionné de Jules Verne, Piero Gondolo Della Riva, qui signe d’ailleurs la préface du livre, publié pour la première fois en 1994 !

Le roman s’ouvre sur la remise des prix de la Société de Crédit Institutionnel, une école de plus de 150.000 élèves en plein Paris. Si l’on y célèbre la connaissance, ce sont les sciences et la technique qui sont à l’honneur et le jeune Michel Dufrénoy, lauréat d’un prix de poésie latine, apparaît vite comme un paria dans ce monde. Ce dernier a bien changé. Si le progrès technique est célébré, la littérature, les langues anciennes, la peinture sont délaissées. Le profit est roi.

Ce qui est intéressant ici, c’est de voir que Jules Verne est très critique de l’évolution qui s’est faite. J’avais en tête un homme ouvert sur son temps et la modernité ; hors, c’est le pessimisme qui prévaut dans ce roman.

Second aspect digne d’intérêt : la description de Paris et du monde de l’époque. Jules Verne s’est attaché à  mettre en pratique toutes les découvertes de son époque et de les prolonger au XXème siècle. On sent le prolongement du Second Empire politiquement (Napoléon V est en fonction depuis 1937 !) et économiquement avec l’essor de l’industrie et le rôle de l’argent, que l’on retrouvera bien sûr aussi dans Les Rougon Macquart de Zola. L’électricité, des voitures gaz-hydrogène en grand nombre, le fax (!), la Bourse et des échanges mondialisés, un métro propulsé à l’air comprimé, tout cela figure dans le livre et surprend quand on sait la distance qui sépare la rédaction de ces lignes et notre quotidien :

Ces diverses améliorations convenaient bien à ce siècle fiévreux, où la multiplicité des affaires ne laissait aucun repos et ne permettait aucun retard. Qu’eût dit un de nos ancêtres à voir ces boulevards illuminés avec un éclat comparable à celui du soleil, ces milles voitures circulant sans bruit sur les sourd bitume des rues, ces magasins riches comme des palais (…). Il eût été fort surpris sans doute ; mais les hommes de 1960 n’en étaient plus à l’admiration de ces merveilles ; ils en profitaient tranquillement, sans être plus heureux, car, à leur allure pressée, à leur démarche hâtive, à leur fougue américaine, on sentait que le démon de la fortune les poussait en avant sans relâche ni merci.

Dans un autre registre, ajoutons certains passages dans lesquels Jules Verne fait preuve de beaucoup d’humour ou encore du sens de la description, comme ici en parlant de la famille adoptive du jeune Michel : « Il avait remporté au grand concours le premier prix de banque. On peut dire qu’il ne faisait pas seulement travailler l’argent, il l’éreintait ; il sentait l’usurier ; il cherchait à épouser quelque fille horrible dont la dot compensât énergiquement la laideur. » Ou encore d’un passage où son oncle, passionné de littérature, lui fait une revue de sa bibliothèque en parlant des écrivains comme une armée d’un temps passé.

Au final, pourtant, ces très bons passages côtoient des passages beaucoup plus faibles. J’ai eu l’impression d’un livre inégal. La descente aux enfers de Michel, une histoire d’amour parallèle peu fouillée, un pessimisme qui tourne à la caricature vers la fin du roman, tout cela me laisse un sentiment mitigé sur cette lecture.

Au final, je vous conseille donc :

d’acheter ce livre chez votre libraire

X d’emprunter ce livre dans votre bibliothèque pour vous faire votre propre idée

X ou de lire autre chose

Paris au XXe siècle de Jules Verne. Le livre de poche. 2002. 183 p.

 

 

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11 réflexions sur “Jules Verne – Paris au XXe siècle

  1. Je n’ai jamais lu Jules Verne, mais ce livre et l’auteur m’intéressent pour les mêmes raisons que toi : son côté visionnaire et son univers. Je me pencherai plutôt sur un autre titre (j’ai « Le Château des Carpathes » en attente.

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    • C’est seulement le deuxième que je lis, pour être honnête. Et j’y retournerai, c’est sûr. Au plaisir donc de lire une chronique de ta part sur un de ses livres !

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  2. Je ne connaissais pas du tout ce titre de Jules Vernes, ma lecture fut celle de quelques romans célèbres. Je suis très intéressée par ce rendez-vous Lectures Classiques ( je viens de lire-présenter une nouvelle de Balzac que j’ai plus que tardé à lire ! )

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  3. je ne participe pas aux différents challenges car je lis de façon un peu dispersée mais je suis heureuse de retrouver ici Jules Verne qui est un auteur que j’aime énormément et je n’ai pas lu ce livre là mais il y en a tellement …

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    • Je comprends mais c’est vrai qu’on a une telle variété sur ton blog que tous les challenges y sont d’une certaine façon représentés !

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  4. J’ai beaucoup lu Jules Verne quand j’étais ado et ça fait longtemps que je me dis qu’il faudrait que j’y revienne. Je ne pense pas participer à ce challenge car j’ai reçu beaucoup de livres pour les fêtes mais Jules Verne, pourquoi pas ?

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    • C’est le mérite du challenge ; ça met des jalons pour l’année en ce qui concerne les classiques. Mais je te comprends complètement ! Bonnes lectures et à bientôt sur ton blog pour en profiter !

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  5. Je n’ai jamais lu Jules Verne, son univers ne m’attire pas spécialement. Mais j’aimerais essayer une fois, pour voir, et pour ma culture aussi ^^ Peut-être Voyage au centre de la Terre. Dommage que celui-ci ne t’ait pas davantage convaincu.

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