Maurice Denuzière – L’Alsacienne

Denuziere1870. La défaite de Sedan scellait le sort du Second Empire et ouvrait une période d’instabilité marquée par la Commune, des balbutiements de restauration monarchique, avant de déboucher sur la IIIème République, qui se prolongea jusqu’à la 2nde guerre mondiale. Dans L’Alsacienne, Maurice Denuzière nous fait revivre les débuts de cette République à travers l’histoire de Tristan, Maximilien… et bien sûr de l’Alsacienne. Prêts à un voyage dans le temps ?

Maximilien Leroy, un juriste flamboyant et séducteur qui collectionne les conquêtes amoureuses, et Tristan Dionys, un pianiste introverti, sans le sou, ont apparemment bien peu de choses en commun. Ajoutons à cela que leurs pères sont morts dans des camps opposés sous la Commune. Néanmoins, leur rencontre fortuite en mars 1875 au pied de la colonne Vendôme marquera le début d’une amitié qui va se développer et jalonner tout le roman. Et dès l’entame, je dois dire qu’on s’attache à eux ; l’énergie de Maximilien est communicative et le lecteur est séduit dès les premières pages par cet équipage.

Avec eux, nous serons témoins de tous les événements qui vont marquer l’histoire de cette IIIème République naissante, mais aussi de l’esprit de ce qu’on appellera plus tard La Belle Epoque. C’est d’abord une période où les progrès industriels sont majeurs ; ils sont d’ailleurs la vedette des différentes expositions universelles qui se déroulent à Paris, la plus marquante restant celle de 1889 pour le centenaire de la Révolution, que visitèrent 32 millions de visiteurs et qui vit l’érection de la Tour Eiffel. L’arrivée de l’électricité, de la voiture, du cinéma, de la bicyclette changent profondément le cadre de vie.

Dans la galerie de personnages qui peuplent le roman, on retrouvera des visages connus : des peintres (comme Gustave Courbet, qui dut émigrer en Suisse après la Commune), des musiciens (en premier lieu Franz Liszt, le modèle de Tristan), des écrivains (Victor Hugo bien sûr, à qui déjà plus de 600.000 personnes rendaient hommages à Paris pour l’entrée dans sa 80ème année) et bien sûr des politiques. Mc Mahon, Thiers, Gambetta (qui disait à propos de l’Alsace Lorraine « N’en parler jamais, y penser toujours »), Jules Ferry (« La première République a donné la terre ; la deuxième le suffrage universel ; la troisième doit donner le savoir ») ou encore le général Boulanger et Louise Michel, actrice majeure de La Commune. On se dit surtout que cette Belle Epoque n’était pas toujours douce au niveau politique, si l’on en juge entre autres par les attentats d’anarchistes ou encore à l’affaire Dreyfus, dont on est témoin de la genèse ; ni d’ailleurs du côté social, la condition ouvrière étant particulièrement éprouvante et mentionnée dans le roman à travers les catastrophes de Decazeville et Fourmies.

Tristan et Maximilien fréquentent les cafés et restaurants parisiens, ou se rendent à Deauville et Trouville qui connaissent une grande popularité. On suit leur progression dans ce milieu, en premier lieu la renommé grandissante de Tristan, encouragé par Max :

C’est la première fois que Maximilien Leroy voyait et entendait Tristan Dionys jouer en public. Il put ainsi évaluer le magnétisme du couple dimorphe formé par le pianiste et l’instrument, l’emprise soudaine que Tristan, le timide, s’arrogeait sur une foule d’inconnus. Dionys faisait plus que jouer du piano : il devenait source de musique, captée et restituée par ses mains, longues et fines.

Et l’Alsacienne, dans tout cela ? Elle n’apparaît en fait qu’à la fin du 1er tiers de l’ouvrage, sous les traits de Clémence Ricker, secourue sur la place Vendôme par notre duo, alors qu’elle venait de se fouler la cheville. Elle aura un rôle important dans le livre, mais n’est pas le personnage central. Elle nous ouvre la porte de la communauté des alsaciens et lorrains réfugiés à Paris après la guerre de 1870 (plus de 100.000), et qui attendaient la revanche.

Dans un roman historique, il y a le roman et l’Histoire en toile de fond. Peut-être le côté romanesque est-il un peu négligé par endroit (je m’attendais à un élan supplémentaire après l’arrivée de Clémence, vainement), mais l’auteur a le mérite d’associer ses personnages avec certains évènements comme l’incendie de l’Opéra Comique, ce qui relance aussi le récit, notamment dans la troisième partie. J’ai toujours eu plaisir à retrouver cette lecture, non seulement pour le cadre, mais aussi pour nos deux héros.

Terminons une fois de plus sur le thème de la Grande Histoire, en laissant le mot de la fin à Maximilien :

Notre république est née du double sacrifice de nos pères. Si la Commune l’avait emporté, nous vivrions sous ce que Karl Marx et ses amis nomment la dictature du prolétariat. Si l’Empire s’était maintenu, par une victoire sur la Prusse, nous ne jouirions pas des libertés acquises depuis 1875, dit Max.

En conclusion, je vous conseille donc de :

X l’acheter chez votre libraire ou bouquiniste, notamment si vous privilégiez la dimension historique du roman

X l’emprunter dans votre bibliothèque

lire autre chose

L’Alsacienne, de Maurice Denuzière. Le livre de poche, 2011, 672 pages.

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7 réflexions sur “Maurice Denuzière – L’Alsacienne

    • Merci, j’ai profité d’un déplacement professionnel à Strasbourg pour la prendre :-). J’ai lu beaucoup de bien sur Louisiane, le nombre de volumes me fait un peu peur (on a le premier à la maison)

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