Benedict Wells – La fin de la solitude

Aujourd’hui, je voudrais vous présenter un jeune auteur allemand (né en 1984 !), Benedict Wells, qui rencontre un beau succès dans son pays grâce à ses 4 livres. Son dernier roman, Vom Ende der Einsamkeit (2016 , Diogenes) est sorti en France sous le titre La fin de la solitude (2017, Slatkine & Cie). Un livre touchant qui raconte l’histoire d’une famille brisée, de frères et sœurs et des liens qui les unissent, de l’enfance, de la solitude et de l’amour.

Eine schwierige Kindheit ist wie ein unsichtbarer Feind, dachte ich. Man weiß nie, wann er zuschlagen wird.

Jules, le narrateur de l’histoire, nous apparaît sous les traits d’un petit garçon plutôt insouciant. Le benjamin de la famille vit une vie un peu comme tous les autres – entouré de ses parents, ses journées sont remplies par de petits exploits ou alors de petites disputes avec son frère Marty ou sa sœur Liz. Tous les ans, ils passent leurs vacances dans le sud de la France. Néanmoins, un jour, les trois enfants se retrouvent orphelins suite à un accident tragique.

(…) und ich sah, wie ich als Kind im Wohnzimmer stand und von meiner Tante erfuhr, dass meine Eltern tot waren. Marty stand bleich und regungslos neben mir, doch er hätte genauso gut tausend Meilen entfernt sein können. Langsam entfalteten diese Worte ihre ungeheure Wirkung, sickerten überall ein, in den Boden, der uneben ze werden schien, in meine Augen, die nur noch verschwommen sahen, in meine Beine, die mich durchs Zimmer taummeln ließen. Die Wellen der Detonation erreichten später auch Liz (…)

A partir de ce moment-là, leur vie bascule, Jules se voit comme catapulté d’une trajectoire claire – il ne cessera de s’interroger sur la voie qu’aurait prise sa vie si ses parents avaient vécu, s’il avait pu grandir dans une famille complète, s’il avait été soutenu par sa mère pour écrire des histoires ou par son père pour faire de la photographie.

Das hier ist alles wie eine Saat. Das Internat, die Schule, was mit meinen Eltern passiert ist. Das alles wird in mir gesät, aber ich kann nicht sehen, was es aus mir macht. Erst wenn ich ein Erwachsener bin, kommt die Ernte, und dann ist es zu spät.

Jules vit dans les souvenirs, doute de tout. Dans sa tête, il confronte chaque décision à ses parents, garde chaque expérience dans sa mémoire, se la remémore, s’interroge. Les trois enfants vont passer leur enfance dans un pensionnat. Chacun le vivra très différemment. Jules, alors âgé de 10 ans, perd toute son assurance, privé de l’affection de ses bien-aimés. Il est seul, n’arrive plus à bien s’exprimer, il a faim (plus tard une amie va lui avouer que, quand elle l’a vu pour la première fois, elle s’est dit que cet homme a vécu soit la prison soit un pensionnat, tant il mangea son plat avec avidité). Puis à l’école, Jules rencontre Alva dont il va tomber éperdument amoureux…

De ces pages, il se dégage une grande tristesse, un vide, un manque d’affection. Personnellement, j’ai été très touchée par l’histoire de ce garçon – on le voit déambuler, plutôt seul, presque paralysé. On suivra son épanouissement, l’évolution de ses relations avec son frère, sa sœur et avec Alva.

Und nun sassen wir am Tisch wie drei Schauspieler, die nach langer Zeit wieder zusammentrafen und sich nicht mehr an den Text ihres berühmtesten Stücks erinnerten.

Tout cela coule comme un fleuve, mélancoliquement. L’auteur s’attarde sur des petits détails (un trait d’écriture que j’aime beaucoup, cet art d’observer), puis s’envole pour toucher des questions plus profondes sur la vie et la mort.

Ich mein, wenn man sein ganzes Leben in die falsche Richtung läuft, kann’s dann trotzdem das Richtige sein ?

Un très beau livre que je vous conseille

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Réf.: La fin de la solitude de Benedict Wells. Traduit de l’allemand par Juliette Aubert. Slatkine & Cie, 2017, 288 pages.

Les extraits sont tirés de la version originale : Vom Ende der Einsamkeit. Diogenes, 2016, 368 pages.

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7 réflexions sur “Benedict Wells – La fin de la solitude

    • Tant qu’il existe une traduction officielle (par Juliette Aubert), je ne voulais pas m’aventurer à retraduire les extraits. C’est pour ça qu’aujourd’hui, les extraits sont exceptionnellement réservés aux germanophiles ! Mais le livre est vraiment très bien, j’ai lu de très bons avis concernant la traduction

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  1. Généralement je me méfie des jeunes auteurs et attends un peu de maturité. C’est idiot car ton billet me prouve que j’ai tort.. et je note ce bouquin. Merci !

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    • Je te comprends. C’est une raison pour laquelle je n’ai pas encore lu un livre de Cecile Coulon par exemple, pourtant elle a beaucoup de succès. (je viens de vérifier – née en 1990, elle a déjà 9 livres à son compte !)
      J’ai également hésité à lire ce roman de Benedict Wells pour d’autres raisons – son sujet – le deuil, la solitude, la vieillesse (je n’en parle pas dans mon billet, mais il y a un personnage dans le livre – un écrivain russe assez âgé), bref pas un livre qui remonte le moral. Et pourtant, c’est écrit avec beaucoup de sensibilité, de tendresse, et finalement on y trouve même de l’optimisme ou un peu d’espoir. Je le conseille !

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  2. Pingback: Benedict Wells – Le dernier été – Et si on bouquinait un peu ?

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