Isabelle Spaak – Ça ne se fait pas

Spaak

Juillet 1981. Fernand Spaak est tué d’un coup de fusil par son épouse, qui se suicide ensuite en s’électrocutant dans son bain. Ce fait divers qui eut alors un fort retentissement en Belgique est à la base du roman d’Isabelle Spaak, une des trois filles du couple, dans son roman Ça ne se fait pas, paru aux Editions des Équateurs.

Il n’y avait ni criminel ni enquête. Seulement un meurtre, le parfum d’un scandale qui pouvait éclabousser une famille au nom trop connu dans un pays trop petit. Et cette famille, c’était la mienne.

Il convient tout d’abord de parler de cette « famille au nom trop connu » mentionnée par l’auteure. Isabelle Spaak est en effet la petite-fille de Paul-Henri Spaak, homme d’Etat belge qui est considéré comme un des pères de l’Europe, mais aussi l’arrière petite-fille de la première femme parlementaire belge. Hormis la politique, c’est aussi la passion de l’Europe qui caractérisa cette famille, puisque le père d’Isabelle, Fernand, a été entre autres le chef de cabinet de Jean Monnet ; au moment de sa mort, il était chef de cabinet du président de la commission de la CEE.

Plus de 20 ans après les faits, Isabelle Spaak se met donc en quête de vérité et entreprend un travail de recherche pour comprendre ce qui a pu mener à ce drame familial, qu’elle a refoulée pendant tout ce temps. Elle se plonge dans les archives, part à la recherche de témoins de l’époque. Dans des chapitres courts, aux phrases courtes et précises, on revit aussi bien des moments de la vie familiale que « l’enquête » à proprement parler.

On perçoit que la blessure en ce jour de juillet 1981 est encore ouverte. Isabelle, vivant désormais à Paris, sursaute quand, au détour d’une conversation avec le propriétaire du bar en bas de chez elle, elle entend la question : « Où sont vos parents ? ». Les détails de la vie quotidienne la rattrapent également :

Pendant longtemps, il fallait que je sorte des boutiques où je croisais des filles et leurs mères. Inapte à affronter leur complicité. Toute au délire d’une relation sublimée, je continue de regarder avec envie ces instants de tendresse maternelle entrevue chez d’autres. J’imagine les heures que j’aurais pu passer à papoter de tout et de rien.

La volonté de comprendre ne cède jamais le pas à la colère ou au ressentiment. L’amour d’Isabelle pour ses parents est tangible, et sans excuser le geste de sa mère (ce n’est pas son propos), elle livre au lecteur la détresse d’une femme qui fut follement amoureuse de son mari, et profondément blessée par les nombreuses aventures de celui-ci :

Ma mère qui n’aimait que mon père au point de quitter ses premiers enfants, pour en avoir trois autres avec l’amour de sa vie. (…) Il a été trop aimé et elle pas assez. Elle ne pouvait plus voir le monde sans les yeux qu’elle avait adulés. Elle a levé son arme, une belle matinée de juillet. Un samedi paresseux où l’on s’apprête à ne rien faire.

C’est un très beau livre, sobre, d’apaisement, très bien écrit que je vous conseille donc :

X d’acheter chez votre libraire ou bouquiniste

X d’emprunter dans votre bibliothèque

lire autre chose

Ça ne se fait pas, d’Isabelle Spaak. Editions des Equateurs, 2004, 190 pages.

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du défi littéraire d’avril de Madame lit, consacré à la littérature belge, mais aussi dans Le mois belge d’Anne et Mina, ainsi que le challenge Voisins Voisines 2018.

Logo du mois belge
voisinsvoisines2_2018

*A noter : la photo a été prise dans un arbre à livres dans le domaine de Chévreloup (où vécut Chateaubriand).

Enfin, n’oubliez pas que c’est la dernière semaine pour participer à notre concours suite au mois de l’Europe de l’Est !

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11 réflexions sur “Isabelle Spaak – Ça ne se fait pas

  1. Je note le titre pour mon bilan mensuel. Quelle histoire ce drame! J’aimerais beaucoup me plonger dans ce livre pour en apprendre davantage. Ma curiosité est piquée. Merci pour la découverte!

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  2. Merci pour ce billet au sujet d’un événement pour lequel je n’ai aucun souvenir. Cela m’intrigue et je crois que je vais céder à la tentation de lire cette saga familiale, la famille étant un de mes thèmes de lecture favori.

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  3. Je me demande toujours quand je vois ce genre de drame dans les journaux, comment les enfants peuvent s’en sortir après ! Ce livre est donc intéressant car il nous donne un élément de réponse, entre autres …

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  4. Pingback: Madame lit le bilan d’avril pour le défi littéraire – Madame lit

  5. Pingback: Le Mois belge 2018 : le billet récapitulatif |

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