Meg Wolitzer – Les Intéressants

Wolitzer

« C’est par une douce nuit du début juillet, en cette année depuis longtemps envolée, que les Intéressants se réunirent pour la première fois. Ils n’avaient alors que quinze ou seize ans et ils se donnèrent ce nom avec une ironie timide. » Dans une colonie de vacances chic, « Spirit-in-the-Wood », en 1974, les futurs amis se rencontrent et se surnomment Les Intéressants. Dans ce roman très réussi de Meg Wolitzer, on suit ainsi leur vie pendant quarante ans, sur fond d’histoire récente des Etats-Unis.

Ethan, un talentueux dessinateur qui se lancera dans des films d’animation ; Ash, une fille jolie et brillante issue d’une famille favorisée New-Yorkaise, son frère Goodman ; Cathy, qui rêve de devenir danseuse ; Jonah, le fils d’une célèbre chanteuse folk ; et enfin Julie, rebaptisée Jules, une fille « ordinaire » qui se trouve associée au groupe et à travers laquelle on va suivre l’évolution du groupe. Voici donc les Intéressants, ces jeunes gens qui trinquaient ensemble avec du « V & T » (vodka-Tang) dans leurs tipis de colonies de vacances.

Meg Wolitzer retranscrit avec beaucoup d’à-propos les rêves et les espoirs de ces jeunes gens bien nés mais aussi la façon dont ils deviennent adultes, apprennent à faire une croix sur leurs aspirations et des compromis. Les parcours sont très différents selon les personnages : Ethan devient riche et célèbre grâce à une série télé, épousant Ash, la meilleure amie de Jules. Jonah, qui était pourtant doué pour la musique, refusera de suivre la voie de sa mère à la suite d’une expérience malheureuse. Jules renoncera au théâtre et malgré l’amitié qu’elle porte à Ash et Ethan, ne pourra s’empêcher d’être envieuse devant l’aisance financière de ses amis. Elle se consacrera finalement à la psychothérapie, épousant Dennis, un dépressif pourtant bien ancré dans la vie réelle :

Dennis et Jules venaient l’un et l’autre d’une famille qui ne se sentait pas bien. Ils avaient cela en commun et quand ils s’étaient mis ensemble, c’était pour fonder un foyer où l’on se sentait bien, et pour pouvoir dire parfois : allez vous faire foutre, familles décevantes.

Je me suis beaucoup attaché aux personnages, à leurs vies, à leurs moments de joie, compatissant devant les épisodes difficiles (la dépression de Dennis pour Jules, la naissance d’un enfant autiste pour Ash et Ethan) et les moments de faiblesse : Ethan prétextant des rendez-vous professionnels importants (mais se réfugiant en réalité deux jours dans un hôtel) pour ne pas accompagner son fils autiste et sa femme pour effectuer des diagnostics à l’hôpital.

Même si elle paraît davantage en filigrane, l’évolution de la société américaine est présente dans ce livre. L’Amérique de présidents républicains comme Nixon ou Reagan est décriée par ces jeunes proches des démocrates. La libération de la femme fait partie des acquis positifs de cette période mais le sida fait également son apparition dans les années 80, décimant les amis de Jonah, homosexuel. Le règne de l’argent s’installe sous la présidence Reagan :

Partout autour d’eux, gagner de l’argent, et vouloir en gagner, était devenu infiniment plus honorable. Les gens parlaient de leurs gestionnaires de compte avec émotion, comme s’ils évoquaient des artistes. Quant aux artistes, on parlait d’eux de manière plus franche, en terme de valeur marchande.

Un vrai plaisir de lecture, marqué par une nostalgie de l’adolescence et de ses possibilités infinies ; un « page-turner » qu’on repose avec un mélange de plaisir et de regret. Au final, je vous conseille donc :

X d’acheter le livre chez votre libraire ou bouquiniste 

de l’emprunter dans votre bibliothèque

de lire plutôt autre chose

Les Intéressants, de Meg Wolitzer. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch. Editions Rue Fromentin, 2015, 564 pages. Egalement disponible en format poche : Le livre de poche, 2016, 744 pages.

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du défi littéraire de novembre de Madame lit, consacré à la littérature américaine.

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10 réflexions sur “Meg Wolitzer – Les Intéressants

  1. Pingback: Madame lit son bilan de novembre pour le défi – Madame lit

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