Fédor Dostoïevski – Les pauvres gens

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Aujourd’hui, nous mettons un point final à notre mois où la littérature de l’Europe centrale et de l’Est était à l’honneur. Qui aura le dernier mot ? Un grand personnage de la littérature classique, Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski qui, avec son livre Les pauvres gens, a fait son entrée dans le monde littéraire ! Il s’agit d’un roman épistolaire et représente ainsi la première hirondelle pour le défi de Madame lit qui, pour le mois d’avril 2019, a choisi de parler de romans basés sur la correspondance. Une hirondelle impatiente arrivant deux jours plus tôt pour vous parler d’un livre fort.

Dostoïevski met en scène deux personnages : Makar Dévouchkine et Varenka Dobrossiolova. Leur correspondance est datée, on peut donc suivre la fréquence avec laquelle ils échangent leurs mots, parfois même plusieurs fois par jour malgré leur proximité physique. Ils sont en effet voisins d’en face ; parfois ils s’aperçoivent derrière la vitre. Leur échange commence le 8 avril.

On apprend que Makar est un petit fonctionnaire, dont la tâche consiste à recopier des textes. Il loue un petit espace chez une logeuse. Il est rongé par la pauvreté comme si c’était une maladie. Une maladie qu’on voit dès qu’on pose les yeux sur lui, sur le manteau qui manque de boutons, sur les chaussures usées. Ainsi, derrière chaque regard il voit un jugement, du dédain, voire du dégoût. Il vit dans la honte constante.

Makar porte toute son attention sur la jeune fille, Varenka, qu’il voit comme une proie pour des hommes riches et malhonnêtes. Ils s’épaulent mutuellement avec des grands mots ou de petits cadeaux. Makar lui fait part de ses expériences quotidiennes, souvent la conversation tourne autour de l’argent. Les récits ne manquent pas de grandes déclarations :

Bon, adieu, mon âme, le Christ vous garde, portez-vous bien. Ma petite colombe ! Quand je pense à vous, c’est comme un remède pour mon âme malade, et, même si je souffre pour vous, mais, même souffrir pour vous, c’est une joie. Votre sincère ami, Makar Dévouchkine.

Parfois, leur échanges concernent la littérature de l’époque (Pouchkine, Gogol…), quand Varenka prête un livre à Makar qui l’analyse par la suite avec une spontanéité toute typique pour lui (il n’est pas un grand lecteur, il avoue avoir lu trois livres dans sa vie). Par exemple, un jour, Varenka lui envoie une nouvelle de Gogol, Le manteau, que je me suis promis de lire par la suite. C’est une nouvelle qui doit forcément lui parler car le personnage principal, un certain Savatkine, lui aussi recopie des textes et est affecté par l’usure de son manteau. Makar s’emporte en la lisant et fait part de ses opinions dans une des lettres.

Rien, juste une sorte d’exemple vide de la vie quotidienne, la plus vulgaire. Et vous, comment avez-vous osé m’envoyer un livre pareil, ma bonne amie. Mais c’est un livre malintentionné, Varenka : c’est simplement invraisemblable, parce que, même, ça ne peut pas arriver, qu’il y ait un fonctionnaire pareil.

Evidemment, comme je l’ai déjà dit, les deux sont enclins à de grandes déclarations, limite théâtrales, surtout Makar, tandis que derrière les mots de Varenka, on soupçonne une sorte de manipulation.

Non, comment ça vous nous êtes inutile ? Et qu’est-ce que je ferai, tout seul, dans ma vieillesse, à quoi je serai bon ? Vous, ça, si ça se trouve, vous n’y avez même pas pensé, Varenka; non, mais réfléchissez précisément – voilà, n’est-ce pas, à quoi est-ce qu’il sera bon sans moi ? je me suis fait à vous, ma bonne amie. Et tout ça donnera quoi ? J’irai à la Néva, et plouf. Non, je vous jure, c’est ça qui va se passer, Varenka; qu’est-ce que je ferai sans vous ? Ah, mon petit cœur, Varenka ! Vous avez envie, je vois ça, qu’on me charge dans une charrette, qu’on me conduise au cimetière ; qu’il n’y ait qu’une vieille mendiante, à se traîner, qui suive mon cercueil, qu’on me recouvre de sable, et qu’on s’en aille, et, moi, qu’on me laisse tout seul.

Incroyable que Dostoïevski ait publié un tel roman à l’âge de 25 ans, un échauffement pour d’immenses romans à venir.

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Les pauvres gens, de Fédor Dostoïevski. Traduit du russe par André Markowicz. Actes Sud, Babel, 2001, 259 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

En ce qui concerne Dostoïevski, je vous conseille aussi le livre de Léonid Tsypkin, Un été à Baden-Baden.

7 réflexions sur “Fédor Dostoïevski – Les pauvres gens

  1. Bonjour Patrice, Rien à voir avec ce billet, je voulais te prévenir que je viens de convenir d’une LC autour de La croisade des enfants avec Passage à l’Est pour le 15 juin, j’espère que tu ne m’en veux pas, mais je suis très impatiente de le lire ! Si tu veux te joindre à nous…

    Bon dimanche à tous les deux,

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  2. Très fanatique de Dostoïevski, je suis encore loin d’avoir lu tous ses livres. Sans compter que je voudrais aussi relire Les frères Karamazov et Les Possédés. On en a jamais fini avec Dostoïevski …

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  3. Je ne le connais pas encore mais il faut que je le lise. J’aime beaucoup ce qu’il dit sur Le manteau de Gogol. Le réalisme ne reflète pas la réalité, il ne reproduit que du vide.

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  4. Ce livre m’a bouleversé (je suis une grande fane de Dostoïevski mais je ne m’attendais pas à une grande claque en ouvrant ce livre si peu connu à côté d’autres titres de l’auteur) Ca a vraiment fait bougé qqchose en moi.

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