Ivar Lo-Johansson – Histoire d’un cheval

Johansson_2Après la découverte récente de La tombe du boeuf, je vous invite aujourd’hui à poursuivre l’exploration de l’oeuvre de l’écrivain suédois Ivar-Lo Johansson. Histoire d’un cheval constitue en fait le second tome des récits mettant en valeur la vie de la Suède rurale du début du XXème siècle, et plus spécifiquement des ouvriers agricoles. Un second opus au moins aussi convaincant que le premier !

Ils ont si longtemps été éblouis par l’éclat dont sont auréolés leurs maîtres qu’ils sont aveugles, pendant la journée, comme la chouette, mais, contrairement à celle-ci, ils n’y voient pas la nuit non plus. (…) Il y a cent mille ouvriers agricoles en Suède, avec les femmes et les enfants cela fait un demi-million de personnes qui vivent dans l’indigence. N’oubliez pas cela !

A l’instar du premier tome, on retrouve dans Histoire d’un cheval et autres récits un grand nombre de nouvelles dépeignant la vie des ouvriers agricoles en Suède. Ce sont surtout les conditions d’asservissement qui sont les plus frappantes. C’est une vie de soumission mais encore plus un état d’esprit qui accompagnent les protagonistes tout au long de leur vie.

Il n’y a pas bien longtemps de cela les ouvriers descendaient dans le fossé, la casquette à la main, lorsque les maîtres passaient en voiture sur la route. Mon père a été de ceux-là. Épuisée au point d’être presque incapable de rentrer chez elle à pied, ma mère a été obligée de monter dans l’herbe pour faire la révérence aux maîtres de la région qui passaient dans leur landau bien suspendu ou dans leur phaéton de couleur jaune.

Néanmoins, ce second tome est aussi riche d’histoires extrêmement différentes, suscitant quantité de sentiments : l’incompréhension quand un propriétaire soul en arrive à tuer son cheval, l’humour lorsqu’une employée d’hôtel emmène un collègue noir à la maison de ses parents pour les impressionner, ou encore la compassion devant la souffrance des enfants :

Il nous arrive souvent de faire l’expérience de choses pour lesquelles nous ne disposons pas de mot. Notre peine ne commence pour de bon – tout comme notre joie – que lorsque nous avons trouvé ce mot. Il en fut ainsi pendant longtemps pour Klara. Il lui fallut bien dix ans pour comprendre la signification d’un petit mot dont elle avait appris le contenu à l’âge de trois ans – le mot servir.

L’admiration est également présente. Certaines personnes se sont révélées dans ce contexte de montée en puissance des syndicats. Ils ont fait leur la cause des ouvriers :

Le « général » était entouré d’une véritable légende. Parmi les ouvriers agricoles, on en racontait tous les détails le soir dans les cuisines, les larmes aux yeux. Sept ans auparavant, cet instituteur timoré, ce bedeau de campagne sans importance et bien tranquille qui chantait les psaumes à l’église avait assisté, tard le soir, à l’enterrement d’un ouvrier agricole et avait ce cercueil convoyé sur une charrette à lait par six hommes en habits de tous les jours. Derrière, marchaient l’épouse et une volée d’enfants. A l’église, il ne fut pas joué de musique. Au cimetière, personne ne fit de discours. En cette soirée comme les autres, tout était silencieux. Ce soir-là, cet homme aux opinions conservatrices se mit à l’orgue de l’église et joua le cantique de l’amertume à toute volée puis alla parler près de la tombe rebouchée. Et le lendemain c’était un autre homme. Il avait voué sa vie à la cause de la libération des travailleurs.

C’est aussi le cas d’un ancien « agitateur », F.V. Thorsson, devenu ministre des Finances de son pays. Ces portraits si attachants, on les retrouve également « de l’autre côté de la barrière » : il s’agit ici d’un propriétaire qui accroît la valeur de son exploitation en offrant de meilleurs conditions de travail aux ouvriers ; il s’agit là d’un autre propriétaire, Zachris, qui se voulait toujours juste et qui a sanctionné un ouvrier pour une faute, se retrouvant dans une incompréhension totale devant le syndicat qui soutient la grève chez lui.

Encore un très beau recueil que je vous incite à découvrir en  :

X l’achetant chez votre bouquiniste

X l’empruntant dans votre bibliothèque

lire autre chose

Histoire d’un cheval et autres récits, de Ivar Lo-Johansson, traduit du suédois par Philippe Bouquet. Actes Sud, 1986, 254 pages.

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du défi Mai en nouvelles organisé par La nuit je mens et Hopsouslacouette.

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4 réflexions sur “Ivar Lo-Johansson – Histoire d’un cheval

  1. j’ai grâce à toi acheté et lu en partie « la tombe du bœuf » je suis très intéressée par ce que je lis mais le style sans aucun effet me déroute un peu . L’auteur fait dans le rustique sans nuance. Mais tu as raison de recommander ces lectures car je pense que peu de gens connaissait la Suède sous cet angle là.

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    • Il est vrai que cela peut paraître un peu « brut » ou « nu » ; j’ai presque une préférence pour le 2nd tome. Auras-tu la possibilité de le chroniquer sur Luocine? Je serais heureux de lire ton avis et de voir les extraits que tu mets en valeur.

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