Ota Pavel – Comment j’ai rencontré les poissons

pavel

Quelle n’a pas été notre heureuse surprise lors d’une récente visite dans notre librairie de découvrir qu’une très jeune maison d’édition bordelaise, les éditions do, mettait à la disposition des lecteurs pour la première fois en français un ouvrage de l’écrivain tchèque Ota Pavel, Comment j’ai rencontré les poissons. Il y est question de pêche bien sûr mais de bien plus que cela ; on y découvre sa famille avec en filigrane l’histoire du pays au XXème siècle. Un très joli texte à découvrir aujourd’hui…

Tragique destin que celui d’Ota Pavel. Né en 1930 en Tchécoslovaquie d’un père juif et d’une mère chrétienne, il vit une enfance heureuse en Bohême avec sa famille, avant que la guerre ne vienne troubler cette harmonie : ses frères puis son père sont envoyés en camp de concentration à partir de 1943, avant d’en revenir en vie. Journaliste sportif, c’est en couvrant les Jeux Olympiques d’hiver de 1964 qu’il sombra à la suite d’une altercation dans un état maniaco-dépressif , qui l’accompagna jusqu’à sa mort prématurée en 1973, à l’âge de 43 ans. Ecrivain reconnu dans son pays, Ota Pavel consacra à l’écriture la dernière partie de sa vie marquée par les internements répétés. Dans ce livre, qui correspond en fait à la compilation de deux ouvrages, principalement « La mort des beaux chevreuils » mais aussi « Comment j’ai rencontré les poissons », auquel il emprunte le titre, il revient sur les différents évènements de sa vie, sa famille, la pêche… Vous pouvez en lire plus sur lui sur la page des éditions do.

J’aimerais tout d’abord dissiper une « crainte » : si certains aspects de la vie d’Ota Pavel sont douloureux, son écriture est particulièrement joyeuse. Comme le confirme la citation d’Erri De Luca sur la quatrième de couverture, il s’agit d' »une lecture physiquement contagieuse qui produit des bulles de joie sous la peau ».

Le narrateur est Ota Pavel, lui-même, ou plutôt Ota Popper. La décision de « tchéquiser » leur nom ayant été prise par la famille en 1949, après la guerre. Dans les différentes histoires qui composent le roman, il parle beaucoup de son père et de sa passion pour les carpes et les étangs à carpes. C’est le sujet de la première nouvelle très drôle qui le voit acheter un étang et découvrir peu de temps après qu’il n’est peuplé que par une seule carpe ! Personnage fantasque, le père occupe durant sa vie plusieurs métiers (il est représentant Electrolux avant la guerre et devient même le meilleur vendeur de la marque, réussissant à vendre un aspirateur dans un village sans courant électrique, avant de se consacrer aux bandes « tue-mouches », puis à l’élevage de porcs et de lapins).

Vu par les yeux de son fils, ce père nous apparaît dans toute sa  fragilité, splendeur, noblesse. Comment ne pas évoquer la nuit de son départ pour le camp de concentration de Terezin, passé à sortir les carpes de son étang confisqué afin que l’occupant ne puisse en profiter :

Au matin, lorsque la lune commença à faiblir et que le gel redoubla de force, nous étions transis jusqu’à l’os et comme nous portions les sacs mouillés sur le dos, maman raclait la glace sur nos habits. Mais l’étang était vide, les carpes avaient déménagé chez leur propriétaire, car en fait papa avait volé ses propres poissons.

Le matin, nous l’accompagnâmes à l’autobus de Prague. Il portait une valisette à la main et pour la première fois de sa vie, il avait le dos voûté. Mais cette nuit-là, il avait grandi de plusieurs tailles à mes yeux.

Ou encore celui, très célèbre, où il prend le train pour aller braconner un chevreuil au risque de perdre la vie pour nourrir ces deux fils avant leur déportation.

L’évocation de la nature est également très présente. Avec la pêche, on découvre toute la beauté de la région de Bohême de l’Ouest, ses étangs, ses rivières, et l’on sent l’attachement contagieux de l’auteur à sa région :

Et en m’en revenant, je pensais aux ruisseaux. Au fait qu’il y en a des milliers par chez nous. Avec des myosotis ou des nénuphars, des chevaines ou des truites. Partout on découvre quelque chose de nouveau. A la surface de l’eau on peut se voir comme dans un miroir et ces miroirs sont bien plus beaux que ceux des maîtres vénitiens.

Il nous livre également des portraits touchants de la nature humaine, dans sa grandeur comme dans sa petitesse. C’est une exortation à la vie faite par un homme qui souffre, comme le rappelle l’épilogue dans lequel il évoque sa maladie.

Magnifique et émouvant…

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Lisez plutôt autre chose

Comment j’ai rencontré les poissons, de Ota Pavel, traduit du tchèque par Barbora Faure. Editions do. 2016. 232 pages.

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12 réflexions sur “Ota Pavel – Comment j’ai rencontré les poissons

    • Merci Marie Jo ! J’étais heureux de partager mon enthousiasme sur ce livre… J’espère que la bibliothèque en fera l’acquisition prochainement, il n’est pas encore trop tard. Bonnes fêtes de fin d’année !

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  1. Merci Patrice. Je poursuis en Normandie la lecture de La Saga des émigrants mais voilà une nouvelle perspective de découverte. Joyeux Noël 🎄 ainsi qu’à votre famille. Blanche Marie

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ton commentaire ; je pensais justement à toi en rédigeant cette chronique et à cette discussion que tu avais ouverte sur ton blog. Je suis content de partager cette découverte.

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    • Merci à toi ! Je te conseille vivement ce titre. Je vais m’empresser d’aller visite ton blog, dont mon épouse m’a déjà parlé avec enthousiasme 🙂

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