Antonio Tabucchi – Pereira prétend

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C’est grâce au Père Noël que j’ai pu découvrir un autre auteur italien, Antonio Tabucchi, et son livre Pereira prétend, paru chez Folio. Aussitôt offert, aussitôt lu !, car j’ai été tout de suite attirée par l’extrait sur la quatrième de couverture. Un roman très intéressant sur la conscience personnelle et le comportement dans un pays sous la dictature.

Antonio Tabucchi nous emmène dans le Lisbonne de la fin des années 30, plus exactement en 1938, pour rencontrer Doutor Pereira. Comment vous décrire ce monsieur pour que vous vous attachiez à lui comme moi ? Il est d’un certain âge, c’est un intellectuel qui a étudié la littérature, travaillé comme journaliste de faits divers et s’occupe désormais de la page culturelle d’un journal de l’après-midi intitulé Lisboa. Ce qui m’a tout de suite plu, c’est son côté humain, ses doutes, une certaine fragilité, mais en même temps une force que l’on sent enfouie dans sa personnalité profonde. Il insiste sur le fait qu’il est apolitique et ne lit pas de journaux, qui de toute façon sont censurés. Il trouve refuge chez « ses » écrivains français du XIXème siècle qu’il traduit en portugais.

De Pereira, une tristesse se dégage, quand il se déplace dans Lisbonne sous cette chaleur du mois d’août, quand il se confie à l’image de sa femme accrochée au mur, quand il repense à ses années d’études, quand il regrette de ne pas avoir un fils…

C’est peut-être ce regret qui va finalement le mettre en contact avec un jeune homme, Monteiro Rossi, et qui va l’empêcher de lui fermer la porte au nez malgré les problèmes que cette relation pourrait lui causer. Car, dans le Portugal de 1938, les temps ont changé, la censure veille sur les écrits et les concierges sont attentives aux allées et venues. Au fur et à mesure de la lecture, on sent la tension monter et on se doute que le moment va venir où Pereira tranchera, où il ne pourra plus rester indifférent.

On se pose plusieurs fois la question de la forme employée (Pereira prétend) : est-ce un interrogatoire ? Ou alors, Pereira se confie-t-il à quelqu’un, peut-être au Père Antonio ? La fin (tout sauf décevante) et une note de l’auteur très intéressante nous apporteront quelques explications…

J’ajouterai pour finir que l’auteur a bien su retranscrire les différentes personnalités : que ce soit un médecin français, le Père Antonio ou alors le chef de Doutor Pereira (ce serait intéressant de savoir dans quel groupe le mettrait Kurt von Hammerstein ! *). Une fois le livre refermé, il ne nous reste qu’à nous interroger sur notre conscience et sur la façon dont on se comporterait dans une telle situation…

Je vous conseille

X de l’acheter chez votre libraire

X ou d’aller l’emprunter dans votre bibliothèque

lisez plutôt autre chose

 

* Je fais allusion à la citation tirée du livre de Hans Magnus Enzensberger, dans laquelle Kurt von Hammerstein divisent les différents types d’officiers; vous pouvez le lire ici.

Pereira prétend d’Antonio Tabucchi, traduit de l’italien par Bernard Comment. Folio, 2010, 224 p.

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2 réflexions sur “Antonio Tabucchi – Pereira prétend

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